Aristée

Aristée

13 janvier 2007

ACHETE MA FEMME....

 

Le Cameroun est mon état préféré de l'Afrique Noire.
Peut être parce que c'est dans ce pays, que j'ai pris le premier contact avec l'Afrique.
Peut être est ce parce que je le connais un peu mieux,  pour y être allé 7 fois.
Lors de mon premier voyage, arrivé la veille à Douala, j'étais invité à déjeuner chez notre Agent général.
Une énorme hélice, censée nous rafraichir brassait l'air chaud et humide. Mais la cuisine était excellente et servie par un boy trés stylé.
Comme j'en faisais mon compliment à mon hôte,il me dit:
C'est celui qui nous sert qui fait la cuisine. C'est une perle, Jean, et beaucoup d'Européens essayent de me le faucher. Tiens je vais vous raconter une anecdote à son sujet.

»Il y a 3 mois environ, Jean, qui normalement rit tout le temps, était triste, triste, depuis des jours, et j'ai fini par lui demander ce qu'il avait:
" Ah! pat'on, je suis malheu'eux. Je peux pas acheter ma femme, elle a beaucoup pa'ents, et c'est t'és beaucoup ché'."
- Tu la connais depuis longtemps?
- Oh oui, pat'on. 5 ans
- Ah,bon. C'est sérieux. Ecoute, dis à sa famille que Dimanche on fera palabre
- Ah mé'ci, me'ci, pat'on, je vais tout à l'heure au village de la famille.;
Le Dimanche , vers 8 heures nous sommes donc partis en voiture avec Jean au village à une heure de " tu prends ton pied la route"
Toute la famille était réunie devant une grande case. Et c'est vrai qu'elle était nombreuse cette famille.
Et nous avons " commencé palabres". Il y avait les oncles les tantes, les parents, les cousins .
Les discussions étaient acharnées:

3 litres

de vin de palme à l'un, une paire de poulet à un autre, un litre d'huile, un petit transistor etc etc....
A midi, nous avions fait à peu prés le tour de la question...Mais ce n'était pas terminé.
Bien sur je n'ai pas de vin de palme, ou poulets...et il fallut aprés un repas rapide, reprendre les conversations, pour convertir en francs CFA chaque" cadeau"..
Enfin vers 17 heures, un accord complet était intervenu.
Je pris donc avec Jean et sa toute nouvelle femme, le chemin du retour.
En arrivant devant la case de Jean, ce dernier, seul , descendit de la voiture. Alors, en riant, je lui dis:
- Hé, Jean, tu oublies déja ta femme?
Et il me répondit
- Pat'on, c'est toi qui a payé, ce soir elle est a toi!
J'ai bien entendu refusé cette offre, mais elle est significative de l'esprit de justice de mon précieux Jean. »

 Pour nous, européen, cela peut préter a rire. Mais réfléchissez à ce qu’une telle attitude peut représenter comme esprit de justice, subornant d’autres sentiments moins nobles comme la jalousie…

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30 octobre 2006

La légende du Flamboyant

 

 La légende du Flamboyant

 

 Il y a longtemps, très longtemps, Le Grand Génie d’Afrique, décida de créer une belle foret avec des arbres divers, et pleine de petits oiseaux.

 Il travailla en séries, en créant d’abord des bois divers, acajou palissandre fromager etc …puis des feuilles diverses, puis des fleurs, puis des plumes….

 Et il vint monter sur place ses arbres et ses oiseaux.

 Mais on peut être un Grand Génie et être un peu tête en l’air. Il avait mal compté. 

 Il constata qu’il avait un bois pour lequel il n’avait plus de feuilles ni de fleurs.

 Il n’était vraiment pas beau cet arbre sans fleur, ni feuille ! Et comme les arbres ne sont pas toujours gentils, ils se moquèrent de lui et le baptisèrent : Le Laid.

 Il était très malheureux Le Laid . Il avait bien demandé aux oiseaux de venir se percher sur ces branches….Mais que voulez vous, les oiseaux préféraient aller sur les arbres qui avaient des feuilles pour les protéger de la pluie et du soleil, et des fruits pour les nourrir….Alors le laid tout nu au milieu des autres ne pouvait que pleurer un peu de sève, seul sans ami.

 Un jour un orage terrible éclata sur

la Foret.

 La foudre tomba et mit le feu aux grandes herbes. Tous les oiseaux qui picoraient sur la terre, s’envolèrent et voulurent se mettre à l’abri des flammes en se perchant sur les arbres.

 Mais les arbres dirent aux oiseaux : non. Nous ne voulons pas que vous veniez sur nos branches. Votre poids risque de les courber vers le sol, et elles brûleront. Allez vous en !!!

 C’est alors que Le laid leur dit :

 «  Venez, venez, petits oiseaux perchez vous sur mes branches, et pour une fois, avec vos plumes de toutes les couleurs, je serai le plus bel arbre de la foret »

 Et les oiseaux vinrent sur le Laid, qui pour la première fois depuis sa naissance était follement heureux.

 Lorsque l’incendie fut éteint, tous les oiseaux de la foret étaient sauvés.

 Le Grand Génie, sut évidemment  tout ce qui s’était passé.

 Il vint voir Le Laid et lui dit :

 « Grand merci . Grâce à toi, tous mes oiseaux sont vivants. Je veux faire quelque chose pour toi. Je vais créer une fleur et des feuilles . Et pour que l’on voit bien tes fleurs, tes feuilles ne pousseront qu’après la floraison »

 « Je veux  que l’on se souvienne du courage dont tu as fait preuve . Je vais donner à ta fleur, la couleur du feu ».

 Le Grand génie donna à la fleur la couleur du feu.

 Et l’arbre prit le nom de Flamboyant.

 C’est un oiseau mouche qui m’a pépié cette histoire, que dans sa famille, me dit il, on se raconte depuis des millénaires et des millénaires.

  Souvenir personnel

 Je me souviens avoir vu en Jordanie, un merveilleux Flamboyant en fleurs, dans le soleil couchant. Souvenir inoubliable. C’était féerique.

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28 octobre 2006

La légende de l'ananas

 

La légende de l’ananas

 

 Madagascar est une très belle île, dans laquelle, il n’y a pratiquement pas de bêtes féroces. En dehors de l’homme évidemment.

 Ah, si pourtant. Il y a des crocodiles et des requins. Qui d’ailleurs se détestent cordialement.

  Vous me direz que les requins vivants dans les eaux salées et les crocodiles dans des eaux douces, ils n’ont que peu de chance de se rencontrer.

 Et pourtant, si. Ils se rencontrent dans les eaux saumâtres des estuaires

 Un jour, il y a bien longtemps, une Maman crocodile se promenait avec toute sa progéniture dans les eaux saumâtres d’un fleuve qui se jetait dans la mer, lorsque soudain, elle se trouva en face d’un énorme requin.

 La maman n’avait pas peur pour elle-même, elle était prête au combat, mais il fallait qu’elle mette ses petits à l’abri.

 Alors, vite, vite, elle les rassembla derrière elle, puis d’un magistral coup de queue, elle les envoya dans les airs, pour qu’ils soient en sécurité à l’intérieur des terres.

 Les petits crocodiles ont la tète plus lourde que la queue. Aussi, quand ils retombèrent, les tètes s’enfoncèrent dans la terre. Pour se dégager, ils agitèrent frénétiquement leur queue qui finit par se déchirer en lanières.

 Mais les petits crocodiles ne purent se dégager. Alors, de leurs dents, des racines finirent par sortir. Sur les lanières de queue, des feuilles poussèrent. Un nouveau végétal était né : L’ananas.

 Et c’est pourquoi, aujourd’hui encore, quand vous voyez un ananas vous pouvez constater qu’il est recouvert d’écailles, des écailles de petits crocodiles qui vous rappellent son origine.

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26 octobre 2006

PRYTANEE


 

Triste jeunesse

 

Il ne s'agit pas hélas d'un récit imaginaire. C'est en quelque sorte un documentaire sur une période que j'ai vécue et que peu d'entre vous ont pu connaître.

    Durant les 5 ans de la guerre, j'étais au Prytanée militaire. C'est une école ouverte aux fils d'officiers.

  Lorsque mon père m'avait demandé: Veux tu aller au Prytanée militaire,j'avais 12 ans. J'ai aussitôt vu l'uniforme bleu, la vareuse avec la double rangée de boutons dorés, le ceituron en cuir, le képi à fond rouge.

  Hélas!

  Le Prytanée est normalement dans la Sarthe, à La Flèche. Je suis d'ailleurs né dans le Prytanée militaire ou mon père était instructeur.

  Mais pendant la guerre, le Prytanée s'est replié en zone dite libre, et de 1942 a1944 le petit Prytanée ( de la 6ème a la 1ère) était a Briançon.

  Il paraît que le ciel de Briançon est le plus beau de France.Je ne peux en porter témoignage. Je n'avais a cette époque aucun souci esthétique.Seulement 3 sources de préoccupations

  • J'avais froid.

  • - J'avais faim

  • - Loin derrière ces préoccupations, il y avait les études, causes d'ennuis( jamais de satisfactions) somme toute mineurs.

  • Durant plus de 15 ans je n'ai pas pu parler de cette période.

  • Pendant 5 ans, avec les camarades, nous avons essayé de nous évader en pensée, en parlant de nos vies » avant », en parlant de nos pays ou nous avions été si heureux.Je suis capable aujourd'hui de dire d'ou était chacun de mes camarades. Reliaud a Gannat, Maisonnet a Sore dans les Landes, Poulet à Lyon....... 

  •    Lorsque, bien plus tard, j'ai eu mon premier poste d'Inspecteur divisionnaire, j'avais Gannat dans ma circonscription.Sur la liste de nos clients, il y avait Georges Reliaud mon camarade.J'étais sorti du Prytanée depuis 13 ans. Je n'ai pas pu aller le voir.La seule pensèe que nous allions parler de cette période m'était insoutenable.

  • LE FROID.

  •   Briançon est à 1300 mètres . De Novembre a Avril on est dans la neige.

  •   Chaque matin, dans la nuit encore, nous avions rassemblement dans la cour,pour la séance de «  décrassage »L'adjudant ( en civil, car il n'y avait plus d'armèe française, nous étions les seuls en uniforme. On nous serinait: « Vous êtes les seuls a représenter l'avenir de la Patrie, nous allons faire de vous des hommes...etc)

  •   L'adjudant, donc, entrait dans les rangs et passait 2 doigts sous notre chemise pour s'assurer que nous n'avions pas mis un pull, par dessous.Car la tenue était la suivante.:Brodequins, short de sport. Chemise.

  •   Durant des mois, la température oscillait entre moins 15 et moins 20. Dans la nuit blafarde, , nous pratiquions les « sautillements jambes tendues » »pas de  gymnastique » » sauts groupés » et autres «  fléxion rotation »

  •    Le pire de tout, le moment que nous appréhendions le plus, était celui des pompes( 15 ou 20 selon l'humeur du juteux). Nos mains sur la neige....je ne comprends pas qu'il n'y ait jamais eu de mains gelèes. Ce régime était fait pour nous endurcir.Depuis, j'ai toujours été frileux, et par le nombre de mes rhumes, je mérite le Guiness.

  •    Dans notre dortoir, le dortoir Cambronne, nous étions trente.Il faisait froid.Le soir, pour nous coucher, nous avions décomposé 10 mouvements que nous accomplissions ensemble et au commandement pour avoir le courage de nous allonger dans les draps glacés.C'est notre chef de chambre, Berest qui commandait la manoeuvre.Bien entendu, nous couchions en caleçons longs et avec des chaussettes.

  •    Lorsque nous étions « en tenue de nuit »Berest commandait. Au  1nous étions a genou, au 2 nous ouvrions le lit. Au 3 tout le monde debout. Au 4 accroupis etc jusqu'à 10 ou nous étions allongés, claquant de dents.( aussitôt aprés nous nous remettions en boule)

  •    Le plafond du dortoir était haut, vouté et peint en vert foncé. Le matin , nos respirations avaient fait des stalactites tombant du plafond. A la tête de nos lits, une barre en bois servait de support a nos gants et serviettes la plupart du temps gelés. 

  •    Nous faisions notre toilette dans une grande pièce attenante au dortoir.Cette pièce, longue d'une quinzaine de mètres, était aménagée d'une façon simpliste.Une murette en brique de 1metre 50 de

  • haut, et 8 ou 10 mètres de long, au milieu de la pièce, était entourée d'un bac.Autour de la murette, a mi hauteur, un tuyau en plomb courait. Il était percé de 15 trous de chaque coté de la murette.Il n'y avait qu'un robinet qui faisait couler l'eau des 30 trous a la fois.

  •   Les jours des très grands froids, le tuyau était gelé. L'adjudant nous donnait des journaux que nous allumions et promenions sous le tuyau pour le dégeler.

  •   A vrai dire, tous ces efforts ne servaient pas a grand chose.car nos toilettes tenaient plus du simulacre que d'une vraie toilette. Un petit coup de brosse a dents, une petit coup de gant sur le devant du museau, et nous avions fait le maximum.

  •   Une fois par semaine, le Samedi aprés midi, nous avions douche.C'était un moment merveilleux.Le local était chauffé, l'eau très chaude.Malheureusement, toute l'école devait passer en quelques heures, et notre douche, dés son début était accompagnée par une litanie » Allons, pressons, pressons, les camarades attendent » Les adjudants changeaient, mais le texte était toujours le même.

  •     Bien que la frugalité de nos repas ait été une donnèe constante, nous devions tout de même de temps en temps aller aux toilettes.C'était là encore, une corvée épouvantable.

  •    Les toilettes n'étaient pas dans la caserne elle même.Du coté opposé a la cour principale, il fallait traverser une cour d'une quinzaine de mètres de large. Les toilettes étaient des batiments d'un agencement très rudimentaire.On entrait dans un couloir,sur notre gauche une douzaine de box , fermés par des portes a mi hauteur( sur lesquels on posait, a cheval notre ceinturon pour indiquer que le box était occupé)

  •   Le box lui même était des plus simples. Dans le sol en ciment, un trou avait été ménagé, trou qui donnait directement sur un torrent( je crois me souvenir que c'était la guisanne).

  •   Par ce trou, un vent glacé montait, ce qui fait que nos séjours en ce lieu étaient les plus brefs possibles .D'ailleurs, nous n'allions jamais seuls dans ce local.

  •    De temps en temps, l'un de nous disait «  Qui vient au pot? »Il y avait toujours 4 a 5 voix pour répondre » Moi! »Et nous partions en groupe.Pendant notre court séjour dans les box, nous chantions, jurions, nous tentions par tous les moyens de ne plus penser a ce courant d'air glacé sur nos fesses.Certains maladroits manquaient le trou. C'étaient toujours les mêmes. Nous les connaissions. Aussi notre chef de classe avait décidé que ces maladroits n'auraient droit qu'au 2 box du bout.Et avec un esprit remarquable, il avait décrété: » Ils n'ont qu'a se démerder! »

  •    ( A suivre)

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PRYTANEE


 

    LE PRYTANEE ( SUITE)

 

     La grande compagne du froid était la faim.

   Bien entendu, il n'y avait pas de foyer pour acheter quoique ce soit., et nous avions en tout et pour tout, les festins mitonnés par les cuisines.

  Le matin  un quart de café( sans café bien sur. Il n'y en avait plus depuis longtemps, c'était de l'orge grillé, dans de l'eau tiédasse)et «  la boule à 16 ». C'est a dire qu'une boule d'un pain noir et dense, était divisée minutieusement en 16 par l'un de nous, désigné spécialement, du fait de la sureté de sa main.

  Nous mangions lentement, mais la tranche était mince et bien vite terminée.

   A midi, au réfectoire, nous étions par table de six, avec un chef de table chargé de nous servir en parts strictement égales. Rutabagas et topinambourgs étaient les vedettes de nos repas. Et les jours ou nous avions des pommes de terre, nous le regrétions presque, car les rations étaient encore plus petites.

   Nous avions quelquefois du bouillon avec du vermicelle. Mais, je ne sais comment les » riz pain sels »( c'est le nom donné aux gens de l'intendance) se débrouillaient, mais il y avait toujours des bestioles indésirables( je n'ai jamais su si c'était des charançons ou des vers). Fort heureusement, ces bestioles, une fois cuites montaient a la surface, et il suffisait que le chef de table » écrème les indésirables..............

  Cette faim permanente se traduisait pour moi, par des crampes d'estomac, pour lesquelles j'avais trouvé une parade partielle: j'avalais 2 quarts d'eau, ce qui atténuait la douleur.

      Nous avions assisté une fois a l'arrivée des rutabagas, et nous avons su dans quelle cave ils étaient entreposés.Nous avons alors organisé des commandos qui la nuit, a tour de rôle, allaient a la pèche au rutabaga.Nous attachions a une ficelle, l'anse d'un couteau ouvert, et le couteau était lancé par le soupirail.Il y avait plus d'échecs que de réussite, mais nous parvenions tout de même a  pécher  quelques rutabagas que nous partagions ensuite entre tous les camarades du dortoir. Nous les mangions crus, évidemment, et dans l'obscurité pour ne pas alerter l'adjudant de service.

  De temps en temps, l'un de nous recevait un colis.Ce jour là, le bienheureux venait au réfectoire, bien sur, mais ne mangeait pas. Selon l'importance du colis, il sautait 1, 2 quelquefois 3 repas. Ces repas étaient vendus aux enchères en 2 parties.Le pain, et le reste du repas.Comme nous avions tout de même un code de l'honneur, les repas ne pouvaient être vendus qu'a ceux de la table.L'argent gagné n'avait qu'un utilisation: Acheter plus tard le pain ou le repas d'un autre heureux destinaire d'un colis. Manger autre chose ,pour celui qui recevait un colis, manger un peu plus pour deux autres, c'était ce qui constituait nos vraies joies.

   Je dois dire cependant que durant ces dures annèes, j'ai eu une semaine de paradis.

  Il paraît que les topinambours contiennent de l'arsenic.C'est en tous cas ce que l'on disait alors et je n'ai pas vérifié depuis.

   Toujours est il qu'un matin, je me suis réveillé jaune comme un citron avec des nausèes. Visite médicale, diagnostic: ictère, et infirmerie.

  L'infirmerie était un batiment donnant sur la cour principale et juste en face du portail d'entrée de la caserne.L'infirmerie était chauffée, les draps étaient blancs( alors que les notres étaient marrons et

plus proche de la tole ondulée que du tissu)

   Je n'avais pas faim. C'était merveilleux. Je n'avais pas froid.Le matin nous entendions le clairon sonner le réveil. Nous savions que les camarades partaient pour la séance de «  décrassage », et nous étions bien au chaud dans notre lit. De plus, cerise sur le gateau, nous n'allions pas aux cours. J'ai un souvenir vivace et merveilleux de cette semaine.

 

    Je vais terminer par une anecdote qui aurait pu très mal tourner.

  La caserne qui jouxtait la notre était occupée pas des Allemands.

  Un jour, nous revenions du ski, et en arrivant prés de notre caserne, nous avons vu que sur notre mur d'enceinte, tous les 10 mètres, un allemand était assis, pieds pendants vers l'intérieur de la caserne et pistolet mitrailleur sous le bras.

   Bien entendu nous nous sommes mis au pas cadencé pour passer le poste, à l'entrée, et nous avons constaté que toute l'école était rassemblée. On nous attendait.Le Directeur de l'Ecole ( un prof, puisque nous n'avions plus d'officiers) était entouré de plusieurs officiers Allemands.

  L'un d'eux en un Français impeccable malgré un accent germanique prononcé nous tint a peu prés ce discours.

  «  La nuit dernière, Ces 2 panneaux ( ils étaient tenus par un autre allemand) ont été déposés dans notre caserne ».

   Il s'agissait de panneaux que nous devions mettre sur les fenètres dés la tombée de la nuit, pour la «  défense passive »

   Sur ces panneaux, diverses inscriptions telles que. «  Les boches sont foutus » « Vive de Gaulle »

« Raus, les Teutons » et autres gentillesses a l'égard de nos voisins.

  L'officier ajouta. » J'ai donné une semaine a votre Directeur pour trouver les coupables et nous les livrer. Passé ce délai, les occupants du dortoirs Cambronne, partiront en Allemagne »

   Pourquoi nous? Nous l'avons su peu aprés. Les Allemands avaient fait sentir les panneaux a des chiens policiers, qui étaient bètement( c'est le cas de le dire) entrés dans notre dortoir Cambronne. Nous n'avons jamais su pourquoi

    L'un d'entre nous avait un oncle qui s'était évadé d'Allemagne en sautant d'un train en marche, et il avait expliqué a son neveu comment il fallait faire.

   Nous passions nos journées, sous la direction de « celui qui savait » a faire des roulés boulés.tout d'abord en sautant du pied de notre lit, dans l'allèe centrale de notre chambrée. Puis pour tenir compte de la vitesse du train, nous courions dans l'allée centrale, sautions sur le pied de notre lit, puis resautions aussitot dans l'allèe centrale en faisant un roulé boulé.

   Nous étions surs que ce n'était pas l'un de chez nous qui avait fait le coup, mais les jours passaient, nous avions de plus en plus la frousse et rien ne se passait.

   Le sixième jour, 2 élèves de rhétos( qui n'étaient même pas dans notre batiment et nous étions en 4ème) sont allés se dénoncer auprés de l'aumonier.Aprés moult conciliables entre les dirigeants de l'Ecole, le  Directeur  prit sa décision. Les 2 coupables ont été mis dans le train pour Valence et le lendemain matin (les élèves étant hors de portée) le Directeur est allé voir les Allemands pour dire que les coupables avaient été trouvés, et renvoyés définitement de l'Ecole.

   Heureusement pour nous, a cette époque, les troupes d'occupation étaient des territoriaux, c'est a dire des allemands agés ( certains avaient fait la guerre précedante)et ils étaient assez pacifiques.Ce fut notre grande chance.Il n'y eu aucune suite.

   Lorsque je parle de boches, je me fais engueuler par Marie, mais que voulez vous, le passé pèse sur nous.

       Moi qui ne voulait pas en parler, cela me fait du bien de me rémorer tout cela. .       Mais par ailleurs, curieusement , j'ai l'impression de raconter une histoire qui est arrivée a un jeune garçon qui n'a que de lointains rapports avec moi.Je sais, c'est inconséquent, parce que ma raison sait que c'était bien moi.Et j'arrive parfaitement à ressentir l'angoisse qui m'étreignait lorsque nous tentions de plaisanter, en criant «  Nach Poméranie » "Pour  Berlin en voiture ", et autres formules destinées à cacher notre peur.Pas très cohérent tout cela, c'est vrai.Mais bon sang que c'est loin, à l'autre bout de ma vie....

                                   Fin

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10 septembre 2006

SOUVENIRS DU GABON


 

1. SOUVENIRS DU GABON

 Lorsqu’un bagnard, a Cayenne, terminait son temps, il était bien sur libéré, mais il était interdit de séjour en métropole pour une durée égale a celle de sa condamnation au bagne.

 

 La plupart de ces interdits de séjour partaient en Afrique, juste en face, au Gabon( La Guyane et le Gabon sont  proches de l'equateur)

 Et c'est parceque ces hommes trouvaient la Liberté au Gabon, que la capitale de ce territoire s'est appelée Libreville. Tous les anciens forçats montaient des exploitations forestières, principale richesse de ce pays.. Et on appelait ces anciens forçats les " puent la sueur"

 Un " pue la sueur" avait crée un belle exploitation forestière au Gabon.Il avait mis pas mal d'argent de coté pour le jour tant attendu, ou sa peine d'interdiction de séjour en France étant levée, il pourrait rentrer en Métropole.. 

Pour le jour dit, bien en avance, il avait loué une place sur un paquebot pour la France, et il devait bien sur, comme tous les" africains" commencer son séjour par une cure a Vichy, histoire de se remettre le foie a neuf.

 Arrivé sur le paquebot, il fit aussitot connaissance d'une artiste du music hall, trés connue a l'époque ( dont je tairais le nom).)Entre le "pue la sueur" et l'artiste, le courant passa aussitot et une idylle s'ébaucha.

 Au cours d'une conversation, la jeune femme dit:

 - Il parait que Madère est splendide.

 - Ah bon? Vous voulez y aller?

 - Je l'espère...un jour...

 - Pourquoi pas maintenant?

 - Parce que c'est impossible. Le paquebot ne fait pas éscale à Madère!

 - Si ! Nous y allons!

 Et le forestier alla voir le commandant qui lui confirma évidemment que c'était impossible

 - Rien n'est impossible quand on a de l'argent. Voyez avec votre Compagnie, voyez les voyageurs. Je réglerai ce qu'il faudra. Nous allons a Madère.

 Aprés bien des discussions, une escale de 3 jours fut prévue a Madère.

 Le " pue la sueur" et sa belle purent vivre des moments innoubliables dans un cadre enchanteur.

 Aprés les 3 jours, le bateau repartait pour la France, avec a son bord, la jeune artiste.

 Quand au "pue le sueur".......complètement fauché, il revint au Gabon pour travailler quelques annèes et se payer enfin son séjour en France tant attendu……..

 

 Il y avait a Libreville un ancien bagnard, propriétaire d'un expoitation forestière, mais qui s'était installé a Libreville.

 Il avait une vieille Jeep, qui avançait en crachotant et était dépourvue de freins

 Lorsqu'il sortait avec son véhicule, il faisait monter à l'arrière, l'un de ses boys, habillé en marin.

 A l'arrière du véhicule se trouvait une ancre marine dont la chaine métallique était attachée a l'autre bout, au parechoc arrière de la jeep.

 Lorsque, circulant dans Libreville, il voulait s'arréter, il criait:

 - Prét, Matelot? Mouille l'ancre!!

 Et le " marin" lançait l'ancre sur le sol. Les frottements finissaient par arréter le véhicule……

 

 Un autre "pue la sueur avait son exploitation forestière sur le fleuve.

 Il avait décidé qu'aucun blanc ne pouvait passer en bateau devant chez lui sans s'arréter 24 heures. Ses gens avaient pour consigne si aprés 3 sommations le bateau ne s'arrétait pas, de tirer au niveau de la ligne de flottaison.

 Lorsqu'il fallait en arriver a cette mesure extrème, durant les 24 heures de "l'invitation" le personnel du "Pue la Sueur" réparait le bateau.

 Et durant ce court séjour, des caisses de champagne coulaient a flot.

 La traite, c'est a dire la vente des bois aux grossistes, avait lieu a Libreville une fois par an en Février.

 Là, durant 8 jours, tous les "pue la sueur" et les négociants étaient réunis.Un bateau de femmes venait de France, et le jour comme la nuit, Libreville était un lieu d'orgies ou le champagne ne se commandait pas par bouteille, mais par caisse.

 Le champagne jouait un grand role dans la vie du Gabon. Et je me souviens personnellement avoir bu du champagne à 9 heures du matin dans le bureau de Léon M'Ba, le Président de la République du Gabon à l'époque. …

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28 août 2006

SAFARI

 SAFARI

 

Comme j'ai écrit quelques fantaisies, je me dois de préciser que cette anecdote, comme toutes celles qui concernent mes souvenirs d'Afrique, sont absolument authentiques

 

 Je venais d'arriver a Addis Abbeba,.

 Notre Agent me dit aussitôt: »J'ai organisé un Safari en votre honneur la semaine prochaine. Nous partirons 3 jours. »

 J'étais en tournée d'Inspection, et non pour faire du tourisme, mais bon, notre Agent avait du se donner du mal pour organiser ce Safari...En fait, je l'ai su par la suite, il avait surtout profité de mon passage pour se livrer à son passe temps favori.....

 A l'époque, ma position vis a vis de la chasse était neutre. Ni pour, ni contre.

 Le jour prévu, nous sommes partis. Nous étions 6 dans 2 jeeps, bourrées de matériel de campement.

 Nous roulions sur une piste depuis moins d'une heure. Nous étions dans la steppe, sur les Hauts plateaux ( Addis Abbeba est à 2500 mètres), lorsque sur un petit monticule, nous avons vu un animal perché, qui se découpait sur un fond de ciel bleu.

 Mon Agent me dit: " C'est un chamois, et c'est un male"

 Comme je le félicitais pour son acuité visuelle qui lui permettait de reconnaître le sexe d'un animal a plus de 200 mètres, il me répondit: " Oh ce n'est pas difficile. Seuls les mâles se perchent. Nous allons faire a pied la marche d'approche"

 Arrivés a distance de tir, mon agent me proposa de tirer. Cela ne me disait vraiment rien du tout, la bête était magnifique, et je déclinais son offre.

 Il en fut heureux et tira presqu'aussitot. L'animal tomba.

 En arrivant au pied du petit piton, un chamois était là, mort, mais tout a coté , un petit chamois qui venait de naître, a la suite du choc de la chute, gigotait frénétiquement.

 Notre agent me voyant assez remué me dit: " N'ayez aucune inquiétude, d'autres chamois viendront et s'occuperont de lui. Il sera sauvé."

 Vous pensez si j'étais rassuré! Aprés ses certitudes sur le sexe de l'animal, ma confiance, dans les connaissances de notre agent- Nemrod, avait été sérieusement ébranlée. Et ce fut de cette minute précise que date mon dégoût pour la chasse.

 Le Safari continua cependant et me donna au moins l'occasion de faire une rencontre assez exceptionnelle.

 

 C'était au soir du 2ème jour. Nous avions installé notre campement. La nuit venait de tomber, lorsque nous avons vu de trés loin des phares de 2 véhicules qui sans doute attirés par nos lumières se dirigeaient vers nous.

 Une jeep et un camion GMC arrivèrent et j'eus l'immense plaisir de constater qu'il s'agissait de Français. Rencontrer des compatriotes dans un quasi désert Ethiopien, quel plaisir!!!

 Ils étaient 6. C'était une équipe de chasseurs de crocodiles. Durant la soirée, ils nous expliquèrent comment ils procédaient.

 Ils chassaient de nuit, dans les marigots et rivières. Ils possédaient 3 barques a moteurs électriques et formaient 3 équipes de 2.

 Arrivés sur le lieu de chasse, il mettaient les embarcations à l'eau. A l'avant, se tenait le tireur. Muni d'une lampe frontale très puissante et bien sur de son fusil. A l'arrière, le plongeur, en maillot de bains, tenait le gouvernail et prés de lui un filin métallique dont un bout était fixé à la barque et l'autre bout formait un noeud coulant.

 Lorsque le tireur voyait des crocodiles, il essayait d'en éblouir un en prenant les 2 yeux dans son faisceau lumineux. Alors, très vite il tirait, et s'il pensait avoir fait mouche, il criait" Va!. " Et le plongeur plongeait le filin a la main nageait vers le crocodile et passait le noeud coulant dans sa gueule pour qu'il ne coule pas.

 Il faut avoir vu, de jour, les eaux de marigots, peuplés d'un tas de bestioles antipathiques, au point qu'on n'ose même pas y tremper le bout des doigts, pour mesurer le courage extraordinaire qu'il fallait pour se jeter la nuit, dans ce milieu hostile, a la rencontre d'un crocodile, en principe mort, mais.... Quelle confiance il fallait avoir dans son tireur!

 Il faut savoir que dans un crocodile, il n'y a que quelques décimètres carrés sous le ventre qui peuvent être utilisés pour fabriquer les sacs et les chaussures de vous mesdames ( enfin certaines, pas les écolos bien sur) Le crocodile était donc amené le long de la barque, la partie de peau utile était prélevée, et la chasse reprenait.

 Depuis deux jours j'étais complètement dégoûté de la chasse, je l'étais toujours mais comment ne pas admirer le courage de ces jeunes athlètes qui prenaient des risques insensés..

Posté par aristee à 17:15 - Souvenirs - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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