Aristée

Aristée

29 avril 2007

CHANTAGE

 CHANTAGE

 

 

 Au volant de sa petite Skoda, il chantait à tue tête ( il braillait serait plus juste).

 Les cerisiers étaient en fleurs, les champs de colza d’un jaune lumineux, ondulaient sous le léger vent du nord. Ce n’était pas encore la grande chaleur, mais les beaux jours arrivaient et Yves, avait toutes les raisons d’être joyeux.

 Depuis le début du mois, il remplissait les fonctions d’Inspecteur Divisionnaire d’Assurances, sa condition matérielle devenait très convenable, et sa possibilité d’être le maitre de son emploi du temps n’avait pas de prix.

 A 25 ans, plutot beau garçon, sportif, d’une santé parfaite, gagnant bien sa vie il ne pouvait qu’être heureux.

 Il allait inspecter son agence d’Agen, qui ne semblait pas être une agence à problèmes. En regardant l’heure sur son tableau de bord, il constata qu’il était en avance pour arriver à 9 heures à l’agence, et il leva le pied.

 Il venait de traverser Valence d’Agen, et peu avant Golfech, il vit que la voiture qui le précédait zigzaguait sur la route.

- Mais il est dingue ce gars !! s’exclama Yves . Ce manège dura sur une centaine de mètres, et la voiture,  sortit de la route, heurta un panneau de signalisation, fit un tonneau et s’arréta

50 mètres

plus loin.

 Yves pensa tout de suite, que le conducteur n’ayant pas freiné, avait du avoir un malaise. Il arréta son véhicule et se mit à courir vers la voiture accidentée.

 La voiture était couchée sur le coté droit, et dans le choc, le clignotant gauche s’était mis à fonctionner, seule chose vivante semblait t il dans cet amas immobile et silencieux.

 En montant sur le rebord du fossé, Yves put voir l’intérieur du véhicule. Une seule personne, coiffée d’une casquette était couchée sur les sièges avants.

 Par un hasard malencontreux, il n’y avait aucun autre véhicule sur la nationale 113 pourtant assez chargée en temps ordinaire. Yves réussit avec beaucoup de difficultés à ouvrir la portière, mais il ne put sortir le conducteur.

 Heureusement, un autre véhicule arriva enfin. Un homme en sortit, et ils purent en joignant leurs efforts, en extraire le conducteur, qui s’avéra être une conductrice, lorsque la casquette en tombant libéra une longue chevelure blonde.

 De faibles gémissements et un léger mouvement de tête qui semblait dire «  non » prouvaient qu’elle n’était pas morte. Ils l’avaient étendue sur l’herbe et aussitôt Yves dit à l’autre automobiliste :

- Je vais prendre mon portable dans ma voiture et appeler du secours. Pouvez vous rester prés d’elle ?

Recevant un accord, Yves se mit à courir vers son véhicule et saisissant son portable, il résolut de faire d’une pierre deux coups.

 Il téléphona à son agent,demandant qu’il se débrouille pour prévenir les secours à Valence d’Agen, l’accident ayant eu lieu entre Valence et Golfech et bien entendu prévint qu’il serait en retard.

 Il revint vers la victime, et fut surpris de constater que l’automobile de celui qui s’était arrété repartait sur les chapeaux de roues. Yves releva le numéro et s’approchant de la victime, il constata avec soulagement qu’elle avait les yeux ouverts, et essayait de lui parler. En approchant son oreille de ses lèvres, il crut comprendre « voleur…affreux ..voleur »

 Yves lui demanda de se calmer et de lui dire si elle souffrait. Elle fit non de la tête, et de fait, il n’y avait aucune trace de sang. Bien sur, Yves savait parfaitement que cela ne signifiait rien et que des lésions internes ne pouvaient être visibles.

 Un plaid pendait par la portière. Yves alla le prendre, et en couvrit la victime.

 Deux ou trois voitures s’étaient arrétées, mais il s’agissait de curieux, et personne ne vint offrir ses services, ce qui pour Yves était incompréhensible. Il était encore jeune.

 Une vingtaine de minutes s’écoulèrent après le coup de fil et la camionnette de la gendarmerie arriva, suivie de peu par une ambulance.

 La victime fut mise sous perfusion et transportée dans l’ambulance, cependant qu’Yves faisait sa déposition auprés des gendarmes.

 Un peu plus d’une heure plus tard, Yves put repartir en direction d’Agen .

 En fin d’après midi, en rentrant sur Toulouse, Yves s’arréta à la gendarmerie de Valence pour avoir des nouvelles de la jeune femme accidentée le matin.

 Il apprit qu’elle avait été transportée à Purpan, ou elle était en observation. Il obtint son nom, et se promit d’aller la voir à l’hopital.

 Et puis, le travail l’absorba jusqu’à la fin de la semaine. Ce n’est que le samedi après midi qu’il put se rendre à Purpan. Il apprit à l’accueil que la jeune femme, Jeanne

 Mottet était toujours là, et pouvait recevoir des visites.

 Elle était dans une chambre individuelle, et une femme d’une cinquantaine d’annèes, très élégante, était à son chevet. Yves se présenta, et il apprit que la visiteuse était la mère de Jeanne.

 Elle le remercia pour ce qu’il avait sans doute fait pour sa fille. Quand à Jeanne, elle ne se souvenait absolument pas des circonstances et de ce qui avait suivi son accident. Une enquète était en cours, et en particulier une expertise de son véhicule pour déterminer si l’accident était dû à une défaillance technique.

 Sur le plan médical, Jeanne souffrait d’une fracture de la clavicule, et une entorse du genou. Elle s’en tirait somme toute très bien. En revanche, elle semblait très préoccupée par la disparition d’un objet auquel elle semblait beaucoup tenir…sans vouloir dire ce dont il s’agissait. Jeanne était au courant des déclarations faites pas Yves à la gendarmerie, au sujet de l’homme qui s’était arrété un cours moment, et était reparti pendant qu’Yves téléphonait. Il rapporta à Jeanne les mots qu’elle avait prononcé ‘ voleur, affreux, voleur »

J’ai du le voir me voler, mais je ne m’en souviens plus. Oui, c’est affreux dit elle, en éclatant en sanglots.

 Yves était très géné. Pendant que sa mère essayait de la consoler, il se demanda s’il devait se retirer, lorsque Jeanne, comme si elle avait senti son intention, lui dit :

 - Non. Ne partez pas, s’il vous plait ne partez pas.

 Il resta donc et plusieurs minutes s’écoulèrent avant que Jeanne puisse se calmer suffisamment pour reprendre la parole.

 - Monsieur, vous êtes le seul à avoir vu cet homme qui m’a volé. Pouvez vous le décrire, et me donner tous les détails que vous avez pu noter à son sujet. C’est important, très important.

 - Je peux essayer de le décrire, mais j’ai peut être mieux. J’avais relevé le numéro d’immatriculation de son véhicule. Je ne me souviens plus sur quel papier je l’ai noté, mais je suis certain que je pourrais le retrouver chez moi.Je n’en avais pas parlé aux gendarmes, parce que cela ne semblait pas avoir de lien avec votre accident…

 - Oh, oui, essayez de retrouver ce numéro ! Et elle répéta : c’est très important

 - Soyez sans inquiétude, je le retrouverai. J’habite à Toulouse, je rentre chez moi et je reviendrai vous voir demain après midi ;

  ( A suivre)
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CHANTAGE ( suite 1)

- S’il vous plait Monsieur, je serai très heureuse de vous revoir demain, mais, si vous pouviez me passer un coup de fil dés que vous l’aurez retrouvé, je serais rassurée. Je vous note le numéro direct de ma chambre.

 Et maladroitement, de la main gauche, ( c’est la clavicule droite qui avait été fracturée) elle nota son numéro sur le coin d’un journal qu’elle avait déchiré.

 Moins de 10 minutes après son retour dans son petit appartement, Yves retrouvait le numéro d’immatriculation et le communiquait à Jeanne qui le remercia avec une émotion perceptible au téléphone.

 Le lendemain après midi, Yves vint à Purpan et monta directement vers la chambre de Jeanne. Après avoir frappé à la porte à plusieurs reprises, et n’ayant obtenu aucune réponse, Yves entrebailla la porte.

 Il fut extrèmement surpris de voir que le lit était occupé par un Monsieur agé qui ronflotait doucement. Persuadé qu’il s’était trompé de chambre, il redescendit à la reception, et eut la surprise d’apprendre que mademoiselle Mottet était sortie le matin même.

 - Nous sommes Dimanche. Il me semblait que l’on ne sortait pas un Dimanche

 - Si, lui répondit la receptionniste ! C’est assez rare mais certains malades peuvent sortir le dimanche.

 Yves était très intrigué. Pourquoi Jeanne ne lui avait elle pas dit qu’elle sortait de l’hopital ? Il aurait bien voulu obtenir son adresse par

la Brigade

de gendarmerie de Valence d’Agen ( la receptionniste ayant refusé de la lui communiquer) mais il avait des rapports à taper pour le lendemain, et il rentra chez lui.

 Le lendemain, Yves téléphona à la gendarmerie, se fit connaître, précisa que Mademoiselle Mottet était sortie de l’hopital de Purpan, et obtint sans difficulté son adresse . Elle habitait à l’Isle Jourdain, entre Toulouse et Auch. Yves décida d’aller inspecter durant la semaine, ses agences du Gers, à Auch, Condom, Eauze et Mirande. Cela l’amenait à passer à l’Isle Jourdain ou il arriva vers 10 heures 30.

 Il n’eut aucune difficulté pour trouver la très jolie villa, au bord du lac, ou habitaient les Mottet. Malgré l’heure matinale, il n’hésita pas à sonner au portail.

 C’est Jeanne elle-même qui vint lui ouvrir. Malgré ses efforts pour le recevoir poliment, Jeanne n’était visiblement pas enchantée de le voir. Néanmoins, elle l’invita à entrer, et Yves à la fois géné et curieux, pénétra dans un hall spacieux puis dans une vaste salle de séjour meublée luxueusement. La famille Mottet était incontestablement très aisée.

 - Mademoiselle, je suis allé à l’hopital hier matin pour prendre de vos nouvelles, et je constate que vous êtes parfaitement rétablie.

 - Rétablie serait beaucoup dire, mais enfin, je vais beaucoup mieux. Merci de vous être dérangé, mais je crois que tout cela va bientôt faire partie des souvenirs désagréables, sans plus.

 - Vous avez eu beaucoup de chance de vous en être tirée sans séquelles. Votre accident était impressionnant et j’avoue que j’ai eu très peur. Savez vous ce qui s’est passé ?

 - Non, répondit elle après une petite hésitation, non, et je préfère ne plus y penser. Je n’ai d’ailleurs aucun souvenir

 - Savez vous si l’expertise de votre véhicule a donné des résultats ?

 Avec un peu d’énervement, Jeanne lui répondit

 - Comme je vous l’ai dit, je ne veux rien savoir, et j’aimerais pouvoir chasser cet accident de mon esprit.

 - Je crains Mademoiselle que ce ne soit assez difficile, et ce, d’autant plus que l’on vous a volé divers objets auxquels vous sembliez beaucoup tenir.

 Jeanne s’approcha de Yves, lui mis la main sur le bras et lui dit

 - Je vous en prie, j

ne me parlez plus de tout cela….Je ne voudrais pas me montrer désagréable, mais j’aimerais ne plus revoir tout ce qui me fait penser à cet accident.

  Un peu véxé, Yves se dirigea vers la porte :

 - Fort bien Mademoiselle, je ne vous importunerai plus

 - Oh excusez moi, Monsieur, j’ai été brutale, mais si vous saviez ce que cet accident…..

 Elle ne finit pas sa phrase, et c’est en silence que Jeanne raccompagna son hôte jusqu’au portail. Ils se serrèrent la main, et Yves repartit vers son véhicule.

 Bien bizarre était l’attitude de cette jeune fille et dans un premier temps, Yves décida de faire comme elle : oublier cet incident. Et le jeune Inspecteur d’assurances reprit son travail.

 Trois ou quatre semaines venaient de s’écouler, lorsque Yves fut saisi par le Siège Social d’une enquète au sujet d’un accident survenu sur

la Nationale

113. C’est la gendarmerie de Valence d’Agen qui avait procédé aux constatations. Yves vint donc dans cette gendarmerie pour obtenir des renseignements utiles à sa propre enquète. Il en profita pour évoquer l’accident dont il avait été témoin. Il apprit que la conclusion de l’expertise du véhicule de Jeanne était formelle : L’arbre de direction avait été scié. Il s’agissait donc d’une tentative d’assassinat. Jeanne, qui avait été interrogée à plusieurs reprises, n’avait jamais pu donner la moindre indication sur des ennemis éventuels, des personnes mal intentionnées à son égard. L’enquète était au point mort. Yves se demanda s’il devait parler du vol dont Mademoiselle Mottet avait été la victime, puis réflexion faite, il n’en parla pas, se reservant de le faire plus tard, si sa propre enquète n’aboutissait à rien. Car il était bien décidé à essayer d’y voir clair dans cette affaire.

 Quelques jours plus tard, il s’arréta chez les Mottet, et c’est Jeanne encore qui vint lui ouvrir. Elle était très en beauté, mais pas particulièrement heureuse de le voir.

- Excusez moi, Mademoiselle, si j’ai pris la liberté de revenir vous voir. J’ai eu l’occasion, dans le cadre de mes fonctions, de passer à la gendarmerie de Valence, et j’ai appris que votre véhicule a été saboté. Votre accident était absolument inévitable et il fallait que votre étoile veille sur vous, pour que vous ayez pu vous en sortir à si bon compte ! je tiens d’abord à vous rassurer : Comme vous n’aviez pas parlé du vol dont vous aviez été victime, je n’en ai pas parlé non plus à la gendarmerie, pensant que vous aviez de fortes raisons pour cela.

 -De fortes raisons, non….ou plutot, si…enfin, je préfère que vous n’en parliez pas..

 - Mademoiselle, vous devez vous rendre compte qu’il s’agissait d’une tentative d’assassinat. Je ne sais si vous prenez bien la mesure de la gravité de votre situation. On a tenté de vous tuer, on n’a pas réussi. Je ne veux pas vous affoler, mais rien n’indique que l’on ne fera pas une autre tentative. Confiez vous à moi. Si je peux faire quelque chose pour vous, je le ferais.

  Cette discussion avait lieu dans le jardin. Jeanne semblait effondrée et finit par dire.

- Excusez moi de ne pas vous avoir fait entrer. Suivez moi. Je vais tout vous dire.

Installés dans deux bons fauteuils de la salle de séjour, Jeanne commença par questionner Yves.

 - Monsieur, vous qui avez vu l’homme qui vous a aidé à me sortir de la voiture, pouvez vous me le décrire ?

 - Je vous avais transmis le n° d’immatricultation de son véhicule. N’avez-vous pas identifié  son propriétaire?

 - Le véhicule appartient à un Jacques Brémond que je ne connais pas. Il s’agit sans doute d’un véhicule volé. Je crois savoir qui m’a dérobé mon sac, et c’est pour en être certaine que je vous demande de me le décrire.

 - C’était un homme de 40 à 50 ans ans, assez grand, sans doute un peu au dessus de

1 mètre

80. Je ne vois pas de détail particulier…..ah, si !! j’ai remarqué qu’il était très parfumé…

 - C’est lui ! c’est bien lui. Il s’arrose toujours d’eau de Cologne. Maintenant je vais pouvoir tout vous raconter

( A suivre)
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CHANTAGE ( suite 2)

 Paul Boisier est le frère de ma mère. Mon oncle, n’a jamais rien fait de sa vie ; il a vécu d’expédients, et de combines certainement pas très légales.

 Il y a deux ans, il a écrit de Bordeaux à ma mère. Je résume sa lettre

 «  Ma petite sœur, j’ai fait des bétises. Je sais que ce sont des bétises, et elles me serviront de leçon. Je ne recommencerai plus. Peut être as-tu vu dans les journaux ce fait divers : Un client qui prenait de l’argent à un distributeur, a été attaqué par un homme armé, qui lui a volé la somme d’argent qu’il venait de retirer puis l’a abattu. L’enquète est en cours. Je te jure ma petite sœur qu’il s’agissait d’un accident bète . C’est vrai que j’avais besoin d’argent mais je n’avais aucune raison de le tuer. Il est venu se jeter sur moi et le coup est parti à mon insu.Je ne suis pas un criminel, et j’ai pris la décision de vivre désormais dans la légalité. Mais bien sur, si je reste en France, je risque de me faire arréter. Je préfère donc partir en Amérique du sud, et la bas, fort de mon expérience malheureuse, je débuterai une vie normale et dans l’honneur, je te le promets ma petite sœur chérie.

 Mais pour cela ( voyage et le temps de trouver une situation) j’ai besoin de toi. Il faudrait absolument que tu me fasses parvenir la somme de 10.000 euros à l’adresse que je te donne à Bordeaux. «

 Ma mère, après avoir longtemps hésité lui a envoyé les 10.000 euros. Elle ne m’avait pas parlé de ce problème.

 En fait, ma mère n’a pas eu de nouvelles de son frère durant deux ans. Il y a prés d’un mois, ma mère recevait un coup de téléphone de mon oncle. Il lui disait que tout allait bien, qu’il avait une situation et n’avait plus commis aucun délit. Mais il avait un petit ennui momentané. Il venait de contracter une dette de jeu. Il s’engageait bien sur à rembourser ma mère assez rapidement sur son traitement, mais il fallait qu’elle lui fasse parvenir à nouveau 10.000 euros.

 Ma mère s’est mise en colère, lui a répondu qu’il n’en était pas question.

 Mon oncle changea alors de registre. «  Ecoute, petite sœur, puisque tu n’es pas gentille avec moi, je ne serais pas gentil avec toi. Tu es en instance de divorce. Je peux faire en sorte que le divorce soit prononcé à tes torts. J’ai deux camarades qui sont préts à témoigner qu’ils ont été tes amants, alors que tu vivais sous le même toit que ton mari. Crois moi, tu vas y laisser des plumes.

 J’entendais cette conversation de la pièce à coté : ma mère s’étranglait d’indignation.

 Elle finit par lui dire : Non, tu ne feras rien contre moi. J’ai une lettre de toi dans laquelle tu reconnais avoir tué une personne pour lui prendre son argent. Dés demain Jeanne ira à Agen, porter cette lettre à notre ami qui est commissaire de Police à Agen. La police saura te retrouver et te faire payer ton crime. Puis ma mère a raccroché et elle est venue me raconter toute l’histoire depuis le début.

 Tout ce que je viens de vous raconter est  certain, établi. Maintenant, je vais rentrer dans le domaine des hypothèses.

 Je crois que mon oncle a volé une voiture à Bordeaux, qu’il est venu ici de nuit. Comme le garage est occupé par la voiture de Maman, ma propre voiture reste dans la cour. Il a dû venir de nuit,  bricoler ma voiture pour que je parte assez rapidement dans le décor. C’est ce qui s’est produit. Il connaissait le trajet que je devais suivre. Il me suivait à distance, et lorsque j’ai eu mon accident, il s’est arrété, a volé mon sac qui contenait la lettre compromettante, et puis il est reparti.

 - Je pense également que les choses se sont passées comme vous les décrivez. Mais je crois, après votre récit,  que votre oncle, n’a plus rien contre vous personnellement. Certes, il aurait pu récupérer la lettre plus simplement, mais il fait sans doute partie de ces hommes au raisonnement simpliste : Jeanne doit aller à Agen avec la lettre. Il suffit qu’elle ait un accident, alors je m’arréterai et je reprendrai ma lettre. En conclusion, je crois, Jeanne que vous ne risquez plus rien.

 - Je pensais comme vous…..jusqu’à hier soir. Mais hier soir, mon oncle a encore téléphoné à Maman. Il lui a dit en substance «  Mon besoin d’argent n’a pas diminué. Bien au contraire ! Tu le sais ma sœur, tout augmente. Il faut que tu me donnes 50.000 euros. Tu as vu que je n’hésite pas sur les moyens. Comme je suis très gentil, je te donne trois jours pour réunir la somme UNIQUEMENT EN ESPECES. Donc, dans trois jours je te téléphonerai à la même heure, c'est-à-dire 18 heures. Si tu as l’argent, je te dirais ce que tu devras faire. Si tu refuses, vous aurez, toi et ta fille, grand intérêt à regarder non seulement devant vous, mais à droite, à gauche et derrière vous. Le danger sera partout, et tu sais que je ne plaisante pas. Une dernière chose : Inutile de prévenir la police. Je le saurais aussitôt, et tu n’as aucune preuve contre moi. En revanche, tu en subirais, ainsi que ta fille, assez vite, les tristes conséquences. »

 Je suis persuadé qu’en effet il ne plaisante pas. J’ai peur, Yves, et c’est pourquoi je vous ai tout raconté. Que puis je faire ?

 - Soyez sans crainte, Jeanne. Je vais réfléchir à tout cela, et vous le verrez, tout se passera bien !

 C’est une chose que de rassurer quelqu’un. C’est tout autre chose que de trouver une solution. Il n’était pas question de céder à la demande du Tonton Paul, pour la bonne raison, que Madame Mottet ne pouvait réunir la somme demandée dans un délai aussi court.

 - En premier lieu, Jeanne, je vais demander à mon siège, 8 jours de congés, pour pouvoir vous consacrer tout mon temps. Ce soir, je vous téléphonerai. J’aurai certainement trouvé une solution. Reposez vous sur moi, je vous tirerai de ce mauvais pas.

 Aprés avoir obtenu de son Siège le congé sollicité, Yves étudia le problème sous tous ses angles. Il est certain que le Tonton Paul ne plaisantait pas. Il n’était pas question de faire intervenir police ou gendarmerie. Il fallait qu’il s’en tire tout seul, et il finit par mettre au point une stratégie.

 Le soir, il téléphona à Jeanne, et lui dit. :

 «  Lundi, je viendrais à pied chez vous vers 13 heures . Il faut que vous laissiez votre porte du jardin ouverte pour que je n’ai pas à attendre dans la rue. C’est tout ce que je vous demande. Ayez confiance. »

 Le Lundi, à l’heure fixée, Yves entra chez Jeanne qui avec sa mère l’attendaient impatiemment. Elles étaient fébriles, évidemment. Madame Mottet n’avait pu réunir que 35.000 euros, mais Yves lui dit, que cela n’avait pas d’importance, et ils discutèrent de longues heures en attendant le coup de fil .

 Yves se basant sur la façon dont l’oncle s’y était pris pour récupérer la lettre, en avait conclu qu’il n’était pas très intelligent et que l’on devait pouvoir le piéger. Il demanda à Madame Mottet, de faire durer la conversation, et il lui indiqua comment il faudrait qu’elle la dirige.

 C’est cinq minutes avant 18 heures, que Paul Boisier, sans doute impatient, téléphona.

( A suivre)
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chantage (suite 3)

 - Alors, petite sœur, tu as ce que je t’avais demandé ?

 - Ecoute, Paul, je ne te l’avais pas dit, mais il vaut mieux que tu le saches : J’ai une photocopie de la lettre dans laquelle tu me disais que tu avais tué il y a deux ans un homme qui venait de prendre de l’argent à un distributeur.

 - Ca ne prend pas petite sœur ! Tu n’as certainement pas une photocopie de cette lettre, d’ailleurs elle ne vaudrait rien. Tu n’as aucune preuve contre moi. Alors réponds moi vite : As-tu ou n’as-tu pas l’argent que je t’ai demandé ?

 - Qui me dit que tu ne m’en réclameras pas encore dans quelque temps ?

 - Mais petite sœur ; tu me connais. Je ne suis peut être pas un saint. Mais, fais moi confiance, tu es ma soeur : Tu me donnes les 50.000 euros, et je ne ferai jamais rien contre toi et ta fille. Sinon….J’espère que tu n’as pas prévenu la police ?

 - Evidemment non.

 - Bon. Tu as bien fait ! Alors , voilà ce que tu vas faire : Tu vas me donner ton numéro de portable, puis tu monteras dans ta voiture avec l’argent et ton portable.En sortant de chez toi, tu partiras à droite, tu feras à peu prés

100 mètres

et tu t’arréteras sur la droite.

 Là, tu attendras que je te téléphone. D’accord ?

 - D’accord, mais promets moi que tu ne nous feras pas de mal

 - Mais non ! Je te le répète : donne moi l’argent et ce sera fini. A tout à l’heure !

  Le garage, dans lequel se trouvait le véhicule de Madame Mottet était accessible soit de l’intérieur de la maison, soit par le jardin. Yves demanda à Madame Mottet de passer par le jardin, cependant que lui-même descendait par l’intérieur et se couchait dans la voiture entre les dossiers avants et les sièges arrières.

 Madame Mottet,se mit au volant, sortit de la propriété, et s’arréta comme il le lui avait été demandé à une centaine de mètres de la villa. Puis, elle attendit le coup de fil. Elle n’eut pas longtemps à attendre, mais sursauta quand même, lorsque la sonnerie retentit.

 - Allo, petite sœur, je vois que tu es très raisonnable. Alors, voilà. C’est très simple. Tu vas baisser la vitre de ta portière. Tu prendras les billets dans ta main gauche. Tu poseras tes bras, bien à plat sur le volant. Je vais venir vers toi, tu me donneras l’argent…et tu n’entendras plus parler de moi. D’accord ?

 - D’accord. Je te fais confiance.

 Il est probable que Paul avait du examiner minutieusement les alentours, et était resté aux aguets pour être sûr qu’il n’y avait pas de présence dangereuse pour lui, car il s’écoula prés de dix minutes, avant qu’il ne vienne prés de l’automobile de sa sœur.

 - Bonjour petite sœur. Donne moi les billets.

 Paul s’était penché vers sa sœur, les yeux fixés sur les billets.

 Yves sortit alors rapidement de la voiture par la portière arrière,  et mit le pistolet dont il s’était muni, dans les reins de Paul

 - Attention ! je suis un ancien officier para. Je n’hésiterais pas à tirer ! Redressez vous et rendez l’argent à Madame Mottet

 Paul eut un brusque sursaut et Yves, une fraction de seconde, crut qu’il allait devoir tirer. Mais en se retournant, Paul avait vu que Yves ne bluffait pas : il avait bien un pistolet. Il essaya cependant de craner :

-Baissez votre arme ! vous n’avez aucune preuve contre moi.

- Oh que si !!J’en ai des preuves. Vous avez tué un homme

- C’est faux. C’est moi qui ai la lettre dans laquelle j’ai fait la bétise d’en parler à ma sœur. Alors vous ne possedez rien !

 - Montez à coté de moi à l’arrière. Nous allons à la gendarmerie, et si je n’ai aucune preuve, vous serez aussitôt relaché. D’accord ?

 Après une courte hésitation, Paul monta dans la voiture

- Votre plaisanterie va vous couter cher ! J’avais demandé à ma sœur de me préter de l’argent et c’est tout. Il n’y a rien d’autre. N’est ce pas, petite sœur ?

- Inutile de lui répondre, Madame. Démarrez et allons à la gendarmerie.

  Paul d’un tempérament optimiste, avait repris son calme. Il était tellement sûr d’être invulnérable !!

 Arrivés à la gendarmerie, Madame Mottet téléphona à sa fille pour lui dire que tout s’était bien passé et pour lui demander de venir les rejoindre à la gendarmerie.

  Yves de son coté, demanda à voir le chef de

la Brigade

, et raconta toute l’histoire depuis le début. De temps en temps, il était interrompu par Paul Boisier qui s’écriait : «  Ce n’est pas vrai ! C’est n’importe quoi, il n’y a pas de preuve »

 Lorsqu’il eut terminé son récit, Yves ajouta.

 «  Passons maintenant aux preuves. Vous pouvez passer un coup de fil à vos collègues de Valence d’Agen, ils vous confirmeront l’accident. Voici le numéro d’immatriculation de la voiture conduite par ce Monsieur.Je l’ai relevé au moment ou il partait après avoir volé le sac de Mademoiselle Mottet. Vous constaterez certainement que c’était une voiture volée. Enfin et surtout, voici 2 cassettes . Sur la première, il y a toute la conversation téléphonique entre Monsieur Boisier et sa sœur Madame Mottet, lorsqu’il a appelé à la villa. Vous constaterez qu’il avoue avoir commis un meurtre. Sur la deuxième cassette, vous aurez l’enregistrement de la conversation entre ce Monsieur d’une part, et Madame Mottet et moi-même d’autre part, dans la voiture. Il reconnaît à nouveau avoir commis ce meurtre. »

( A suivre)
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CHANTAGE ( FIN)

 Après avoir entendu les cassettes, le chef de la brigade n’eut aucune hésitation pour enfermer Paul Boisier. Paul bavait de rage et hurlait à l’adresse de Yves » Salaud ! salaud, je me vengerai, salaud !!! »

 En sortant de la gendarmerie, le cœur beaucoup plus léger, Madame Boisier ne cessait de remercier Yves pour son action efficace. Quand à Jeanne, elle avait pris le bras de Yves, et le regard qu’elle posait sur lui était peut être chargé d’un peu plus que de l’admiration.

 Vous aimeriez bien connaître la suite .En particulier sur ce que devinrent les rapports entre Jeanne et Yves.Je suis désolé,  mais la dernière scène que je viens de décrire s’est déroulée Lundi dernier, c'est-à-dire, il y a quatre jours .

 

 Je crois que, depuis,ils ont dû se téléphoner à trois ou quatre reprises, mais je ne suis pas devin. J’ignore absolument ce qu’il adviendra des sentiments que ces deux jeunes gens semblent éprouver réciproquement.

 A la fin de ce récit, d’autres narrateurs peut être s’efforceraient de trouver une suite heureuse. Malheureusement,en ce qui me concerne,  je n’aime pas inventer. D’ailleurs, je ne sais pas.

  

 -  FIN

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