Aristée

Aristée

24 mai 2007

LE PEIGNOIR

Cela faisait beaucoup. Beaucoup trop.
   Pierre Dulac dans un fauteuil, les coudes sur les genoux, la tête entre les
mains, se demandait si cela valait la peine de continuer. Il se leva, vint vers
la fenètre. Il était au 4 ème étage. Il suffisait de sauter, et à cette hauteur,
le coup ne pouvait pas rater. En 3 ou quatre secondes, tous ses ennuis seraient
terminés.
    Mais il semblait que le moment n’était pas tout à fait venu, car Pierre
revint s’asseoir dans son fauteuil.
   Pourtant, oui, cela faisait beaucoup.
   Cela avait commencé il y a moins de trois mois. Son fils unique, Nicolas,
s’était tué en faisant une chute de cyclomoteur.Ce fut un écroulement dont
Pierre ne parvenait pas à se remettre. Curieusement, sa femme, qui était restée
abattue durant quelques jours, reprit rapidement goût à la vie, au point de
déclarer à Pierre moins de quinze jours après l’enterrement : « Celui qui nous
servait de lien, n’est plus. J’aime ailleurs, je pars. »
    Pierre sut très vite que «  l’ailleurs » était son ami d’enfance, Claude.
Classique. Monstrueusement classique. Bien sur, ce malheur additionnel,
n’augmenta pas très sensiblement sa déprime. Il avait atteint presque une limite
avec la mort de son fils.
    Chef de contentieux dans une société, il était l’objet depuis plusieurs
annèes de jalousies. Son travail irréprochable, l’avait mis à l’abri de toutes
les manœuvres. Mais depuis trois mois, il avait commis deux erreurs importantes,
lourdes de conséquences pour la Société. Le Directeur Général adjoint l’avait
convoqué la veille.
  «  Je sais que vous avez subi un deuil très éprouvant, et comme homme, je
comprends et j’excuse vos lourdes erreurs. Mais professionnellement, je ne peux
vous laisser continuer sans mettre en danger l’existence même de notre Société.
Vos fautes graves pourraient me servir de motif de licenciement. Mais compte
tenu de votre passé, je vous demande de me remettre votre démission. Je vous
ferai une lettre personnelle, expliquant que les raisons de vos erreurs, sont
d’ordre privé, et  que votre valeur professionnelle  n’est pas en cause. »
    Pierre avait écrit immédiatement sa lettre de démission, était  rentré chez
lui la veille vers 17 heures, et depuis, était resté dans son fauteuil. Il
s’était assoupi une ou deux heures dans la matinée et n’avait pas bougé de son
fauteuil alors qu’il était 10 heures du matin..
   Il venait de se rasseoir lorsqu’il sentit qu’il était sale. Il n’y eut dans
son esprit qu’une urgence : Prendre une douche. Il se dirigea vers sa chambre,
prit dans l’armoire du linge propre, et se rendit dans la salle de bain, ou il
prit une douche de plus de vingt minutes.
  Au moment ou il allait s’asseoir de nouveau dans son fauteuil, il dit à haute
voix :Non, Non
, Non. !Pas le fauteuil !! Il se rendit dans la cuisine , ouvrit son
réfrigérateur, prit une tranche de jambon, du pain de mie, et attablé sur un
coin de la table de cuisine, il se confectionna et avala deux sandwichs, les
poussa avec un verre de vin, et après quelques instant de reflexion, il se
dirigea vers son poste de téléphone..
    Après avoir consulté son carnet d’adresses, il composa un numéro.
«  Allo ? Pourrais je parler à Monsieur Vidal ? »
  «  Allo ? Jacques ? C’est Pierre. ? oui….Je remonte peu à peu. Dis donc, il
faudrait absolument que je retrouve une situation……Oui, je suis libre.. ;depuis
hier après midi..Tu as raison, ça fait beaucoup, beaucoup trop, mais il faut que
je réagisse…Oh un poste dans un contentieux…peu importe le niveau, il faut que
je travaille. OK j’attends ton coup de fil, et quoiqu’il en soit, je te
remercie..non, non, merci pour ton invitation, mais je préfère rester ici pour
l’instant. Tu penses m’appeler demain ? d’accord. Merci d’avance. A demain »
     Pierre qui au sortir de la salle de bain était resté en peignoir, alla
s’habiller, puis il s’installa devant sa télévision, jusqu'à 19 heures, ou
tombant de sommeil, après avoir grignoté quelques fruits, il alla se coucher.

    C’est en fin de matinée que Jacques lui téléphona pour lui proposer un poste
de simple rédacteur contentieux, mais avec la possibilité de prendre dans 3 mois
le poste de Directeur adjoint du Contentieux si son stage était concluant.
    N’étant pas tenu par sa Société d’effectuer un préavis, Pierre prit son
poste de Rédacteur 3 jours plus tard.
  Il constata combien il était reposant d’être simple rédacteur. Les décisions
importantes étant prises par la Direction, Pierre aurait pu rester dans le
confort intellectuel du simple exécutant.
   Pourtant, à l’occasion d’un dossier sur un problème d’abus de droit, il ne
put s’empécher d’entrer en conflit avec son Directeur. Dans un dossier roulant
sur plus d’un million d’Euros, Pierre estimait que l’abus de droit pouvait être
plaidé. D’un avis contraire, le Directeur voulut arriver à une transaction avant
l’audience. La partie adverse, en maintenant la totalité de sa demande, refusa
tout arrangement amiable. L’affaire vint donc devant le Tribunal et Pierre
fournit à l’avocat de la société tous les éléments nécessaires pour plaider
l’abus de droit.
   Le Tribunal suivit l’avocat de Pierre, estimant qu’il s’agissait bien en
l’espèce d’un abus de Droit, et en accordant  la demande reconventionnelle
d’indemnité pour procédure abusive.
     Le Directeur ne pardonna pas à Pierre d’avoir eu raison contre lui, et ce
d’autant plus que la partie adverse ne fit pas appel et que la condamnation fut
définitive.
    Dés lors entre le Directeur et le rédacteur, ce fut la lutte du pot de fer
contre le pot de terre..et Pierre donna sa démission.
  Ce nouvel avatar, cependant eut pour Pierre des conséquences heureuses. Ce
succés technique qu’il venait de remporter, lui redonna la confiance qu’il avait
un peu perdue.
    Mais il ne chercha pas un autre poste. De tous ces évènements, Pierre
ressortait plus confiant en lui, mais malheureux et aigri ; Il résolu de ne plus
avoir confiance dans les autres, et décida de mettre ses connaisances juridiques
à son propre service. Il avait quelques économies et monta une agence juridique,
qui rachetait à bas prix des causes désespérées. Les créanciers avaient un
avantage en retirant quelques capitaux d’une affaire qu’ils avaient pratiquement
classées dans la rubrique « Pertes et Profits ». Quand à Pierre, s’il perdait
quelques affaires, il suffisait qu’il en gagne une de temps en temps pour tirer
globalement un bénéfice interessant.
    Après un an, l’Agence de recouvrement  était bien installée. Une secrétaire
et un jeune collaborateur venaient épauler Pierre, qui, à coté de son système
d’achat de créances, envisageait de créer un département de recouvrement
contentieux classique.
     Sa vie sentimentale était à l’étiage zéro. A 38 ans, il ne ressentait pas
le vide affectif de sa vie. Il n’avait aucun désir physique, et se concentrait
uniquement sur son activité professionnelle.
    Sa clientèle, alors qu’il habitait à Avignon, s’étendait sur 3 ou 4
départements voisins. C’est avec une certaine surprise qu’il reçut une lettre de
Douala, au Cameroun, qui sollicitait son aide.
  Elle émanait d’une Société française dont le Directeur connaissait une personne
à Marseille, qui lui avait parlé de Pierre. Cette Société, avait un litige
important avec une Société italienne dont le Siège social se trouvait à Yaoundé.
    Pierre était invité à venir au minimum trois jours à Douala, pour étudier
sur place la totalité d’un dossier complexe. Il accepta cette affaire, et partit
un soir glacial de Février, pour arriver à l’aube à Douala, dans une atmosphère
humide, chaude et  suffocante.
   Son client l’attendait à l’aéroport et l’emmena à l’hotel des Cocotiers ou
une chambre avait été retenue pour lui.
   Après s’être installé et qu’il eut pris une douche, une voiture vint le
chercher à 9 heures pour le conduire au siège Social de la Société.
  Il fut reçu par le Directeur, qui après lui avoir brossé un tableau général du
problème, le remis entre les mains de son adjointe, Roxane Rieux.
  Si  Pierre avait été un homme dans un état normal, il n’aurait pu ignorer le
charme, la beauté, la gentillesse évidente de Roxane.
   Mais, dans Pierre, sous l’avalanche des malheurs qui s’étaient écroulées sur
lui en un temps relativement court, toute une part de sa personnalité était
morte. Les fibres sentimentales étaient desséchées, et il ne ressentait plus
aucun désir. Il n’avait qu’une raison d’être- elle même d’ailleurs n’était pas
surpuissante-  c’était ses affaires.
          Ses connaissances juridiques et son intelligence lui permettaient de
travailler sans trop d’effort. Lorsqu’il avait rassemblé tous les éléments d’un
problème, il voyait aussitôt ou se trouvaient les points forts et les points
faibles des deux parties, et en tirait immédiatement la conséquence.
   Pierre dans un bureau mis à sa disposition, passa la matinée et l’après midi
à étudier toutes les pièces du dossier en compagnie de Roxane. Cette dernière
connaissait bien le dossier, mais elle n’avait pas la culture juridique et
l’esprit de synthèse qui conduisaient Pierre immédiatement à aborder tel ou tel
problème sous l’angle le plus avantageux pour son client.

      Le Directeur d’abord, Roxane ensuite, avaient invité Pierre au restaurant.
Il avait refusé, préférant déjeuner seul au restaurant de l’hotel pour faire
ensuite une courte sieste.
   A 18 heures, Pierre demanda à voir le Directeur pour lui faire part de ses
conseils sur la façon d’aborder le problème posé. Roxane bien entendu assistait
à l’entrevue.
   Pierre fut assez bref.
  «  Le dossier que vous m’avez communiqué est extrèmement touffus. Cela vient du
fait, que vous avez trop trainé, et que vos adversaires ont multiplié les
procédures sur des points de détail.Je dois dire qu’ils ont fort bien manœuvré,
car devant le volume de ce dossier, il est possible de perdre de vue le fond du
problème, pour s’attarder sur des détails.
   Votre cause est  bonne. Je dirais même excellente.A mon avis, vous ne devez
pas donner suite aux offres d’une transaction à l’amiable. Il faut plaider, et
vous avez les plus fortes chances d’obtenir le rejet de leur demande. Leurs
pseudos preuves n’en sont pas. Il suffit de ramener cette affaire à ses éléments
de base, pour que la loi soit de votre coté. Bien mieux, la multiplication des
procédures de votre adversaire vous permet de demander et d’obtenir des dommages
intérets pour procédure abusive.
      Le litige roule sur des sommes extrèmement importantes et je vous
conseille de prendre un avocat du barreau de Paris qui, en mettant de surcroit
son poids dans la balance…..de la justice, fera pencher le plateau dans un sens
favorable pour vous.
  - Monsieur Dulac, vous me soulagez d’un grand poids répondit le Directeur. Je
vous remercie vivement pour vos précieux conseils. Je vous laisse le soin de
choisir un avocat du barreau de Paris, et je vous demande de mettre noir sur
blanc la façon dont à votre avis, il faudra plaider cete affaire. Vous remettrez
votre travail à Madame Rieux.
   Par ailleurs, puisque vous êtes là, jusqu’à demain soir, j’aimerais que vous
puissiez voir…( Le Directeur s’adressa alors à Roxane) Roxane, pouvez vous
sortir le dossier de notre litige avec Total et en parler demain matin avec
Monsieur Dulac ?
   Pierre répondit qu’il examinerait volontiers ce dossier, mais qu’il allait
consacrer la matinée du lendemain à rédiger la lettre d’instruction pour
l’avocat. Il proposa donc de voir le dossier Total dans l’après midi, puisque
son avion ne partait que vers 21 heures, ils auraient tout le temps.
-Parfait répondit Roxane, mais demain, samedi, les bureaux seront fermés.. Si
vous le voulez bien, nous pourrons étudier le dossier Total chez moi, ou je
l’aurais amené.
  Après accord de Pierre elle lui remit sa carte avec son adresse.
  De l’hotel, Pierre passa un coup de fil à son bureau à Avignon. Tout allait
bien. Pas de problème spécial. Dans le hall d’entrée, quelques livres étaient en
vente, et Pierre acheta un vieux livre d’Exbrayat : » Une ravissante idiote »,
qu’il commença à lire en prenant son diner dans la salle de restaurant et
poursuivit dans sa chambre.
     La lumière éteinte, et avant de s’endormir, Pierre pensa à la note qu’il
allait écrire à l’intention de l’avocat.
   Dés 8 heures 30, il commença la rédaction de la note, et vers 10 heures et
demie, elle était terminée.
   Pierre pensa alors qu’il avait peut être le temps d’étudier  avec Madame
Rieux le second dossier, ce qui lui permettrait dans l’après midi de prendre un
taxi pour aller faire un tour en brousse. Venir au Cameroun, et ne rien voir du
pays serait idiot.
    Lorsqu’il arriva chez Madame Rieux, il sonna à plusieurs reprises, mais
personne ne vint lui ouvrir. Il repartait vers l’ascenseur lorsque derrière lui,
la porte s’ouvrit, et il entendit madame Rieux s’exclamer
  - Ah, c’est vous, Monsieur Dulac ? Excusez moi, j’étais sous la douche et je
n’ai sans doute pas tout de suite entendu la sonnerie.
  En effet, Madame Rieux devait sortir de la douche. Ses cheveux mouillés se
collaient sur ses joues, et elle était vétue d’un peignoir de bain.
  - C’est moi Madame qui devrait vous demander de m’excuser. Je ne devais venir
que cette après midi, mais comme j’avais terminé ma note pour l’avocat……j’aurais
dû vous téléphoner avant… Je reviendrai cette après midi.
  - Mais non ! Puisque vous êtes là, entrez. ! Nous allons voir le dossier Total.
   Pierre entra dans une salle de séjour climatisée, agréable, confortable
  - Si vous voulez me laisser quelques minutes, je vais aller m’habiller et
essayer d’être plus présentable, regardez cette coiffure…
   Ce disant, elle porta ses mains sur la tête, et le peignoir s’entrouvrit
brusquement. Elle apparut complètement nue, durant un très court instant, mais
ce très court instant suffit pour que Pierre ressente dans tout le corps, comme
une violente décharge électrique. Certes chez un homme normal, voir subitement
une très jolie femme nue peut provoquer un choc, mais rien de comparable avec ce
que ressentit Pierre. Un désir violent, dont depuis deux ans il était
complètement sevré, le besoin d’aimer et d’être aimé, le gout du beau, toutes
ces sensations qu’il n’avait plus connues depuis de longs mois, se révélaient
simultanément en lui, avec une force énorme. Pendant que Madame Rieux rosissait
en s’excusant, Pierre titubait et palissait d’une façon tellement spectaculaire
que Roxane prit peur :
  - Vous vous sentez mal, Monsieur  Dulac ? Asseyez vous, je vais appeler un
médecin.
   Pierre fit non de la tête, puis parvint à parler
  - Non, non, c’est inutile, cela va aller…
     Il avait laissé sa tête se renverser vers l’arrière et gardait les yeux
clos
  - Je crois qu’il est plus prudent que j’appelle un médecin
    Sans ouvrir les yeux, Pierre répondit
  - Non non. C’est inutile. Si vous voulez bien me laisser quelques minutes, cela
va aller…Et je vous expliquerais… ;Il faudra que je vous explique….
  - Vous croyez  que je peux aller m’habiller ? Vous allez un peu mieux ?
  - Oui, je vous l’ai dit, ça va aller !. Quand vous reviendrez, ça ira…Excusez
moi…
    Roxane sortit toujours inquiète et il ne s’écoula pas plus de 10 minutes
avant qu’elle ne revienne, habillée et peignée.

  Pierre n’avait pas bougé. La tête toujours en arrière et les yeux fermés, ce
qui fit peur à Roxane
  - Ca ne va vraiment pas ? Voulez vous…
  - Si, ça va beaucoup mieux. Si vous voulez bien vous asseoir, je voudrais….j’ai
besoin de vous parler
  - Je vous écoute. Mais voulez vous boire quelque chose ?
- Non, merci asseyez vous.
   Roxane s’installa dans un fauteuil, et Pierre, les yeux toujours fermés
commença son récit.
  «  Il y a deux ans, j’étais parfaitement heureux. J’étais marié depuis 12 ans,
notre couple était très uni . Sur le plan matériel, j’étais chef de contentieux
dans une multinationale et…. nous avions un petit garçon de 11 ans….
       Pierre s’arréta un moment submergé par une profonde émotion
  ….Nous avions un petit garçon de 11 ans……. Un jour, l’un de ses copains, plus
agé, lui préta son cyclomoteur, et ( Pierre essuya une larme)….excusez
moi…..renversé par une auto, il décéda sur le coup.
  Pour moi,  le choc fut effroyable. J’adorais mon fils. Ma femme tout d’abord,
fut très touchée également, mais 15 jours plus tard, elle partait avec mon ami
d’enfance.Nous ne nous sommes plus revus. Ce nouveau coup du sort,je vous
l’avoue n’ajouta pas beaucoup à mon malheur, tant le décés de mon fils m’avait
amené aux limites du desespoir. Mais je me retrouvais subitement seul
  Quelques semaines plus tard, A la suite de deux erreurs commises dans
l’exercice de mes fonctions, j’ai été amené à donner ma démission. Tout ce qui
faisait ma raison de vivre disparaissait, s’écroulait…
    Vous pouvez penser dans quel état je me trouvais. Et puis, subitement, j’ai
décidé de réagir. Par un ami, j’ai pu entrer dans un service contentieux qui
offrait pour moi d’interessantes possibilités d’avenir. Malheureusement, j’ai eu
le malheur d’entrer en conflit avec le Directeur sur un dossier important.. Et
j’ai eu  le plus grand malheur encore d’avoir eu raison contre lui. Ma thèse
avait triomphé devant les tribunaux. Il ne me le pardonna pas, me rendit la vie
impossible, et je finis par donner ma démission.
    Réagissant une nouvelle fois, j’ai voulu avoir ma revanche sur le plan
professionnel, et c’est pourquoi, j’ai crée ma Société actuelle, qui marche très
convenablement.
    Mais tous ces évènements ont fait qu’une partie de moi-même était morte. Ma
sensibilité, mes capacités affectives étaient …anesthésiées. Je vivais pour mon
travail, sans passion d’ailleurs évidemment puisque j’étais incapable d’ avoir
des sentiments profonds…..
   Et puis….Il y a eu l’incident de tout à l’heure. Quand je vous ai vue…..Ce
fut pour moi un choc, un tourbillon, ou plus exactement un choc, une commotion
puis un déblocage . Madame, lorsque je vous ai vu, si belle si……oh excusez
moi…Mais il fallait que je parle..
   A ce moment, Pierre ouvrit les yeux et constata que Roxane pleurait
  - Ah, Madame, je constate que vous, vous  n’avez pas besoin de déblocage…tiens
je plaisante maintenant…A contre temps d’ailleurs…Excusez moi. Décidemment je
passe mon temps à m’excuser depuis que je vous connais, madame,
  - Mon prénom est Roxane, dit elle en souriant à travers ses larmes. Le récit
de vos épreuves m’a beaucoup émue
  - Mon prénom est Pierre.Et je constate que moi aussi désormais je peux être
ému. C’est un peu…comme une renaissance. Merci Roxane !..... Ou bien devrais je
dire, merci ma Mère ?
  - Je préfère Roxane !
  - Bon. Merci Roxane ! J’ai éprouvé le besoin irresistible de vous parler de
toutes mes épreuves. J’espère que vous n’en avez pas subi d’aussi difficiles à
surmonter. Peut être pouvez vous cependant me dévoiler un peu de votre passé
  - Dévoiler ? Vous avez des mots qui me font rougir ! Ma vie jusqu’à ce jour n’a
pas présenté de grands intérets.. Mon divorce n’a pas été aussi dramatique que
le votre. Je m’étais mariée à 22 ans avec un ami d’enfance……qui était et qui
reste un excellent ami, mais notre couple n’en fut jamais un. Nous étions des
copains de sexes différents… Il nous a fallu tout de même huit ans pour nous en
apercevoir. Ce fut le jour ou mon mari rencontra le véritable amour. Il est
marié, heureux, il a deux enfants. Nous continuons à nous voir lorsque je rentre
en France ( il est à Marseille, et c’est lui qui nous a parlé de vous comme
étant au top sur le plan professionnel)
  - J’aime bien votre ancien mari…Surtout parce qu’il ne l’est plus…
- Je ne vous connaissais par auparavant…. vous ne plaisantiez vraiment plus
depuis deux ans ?
  - Non, hélas ! Jamais depuis deux ans. Mais je sens que je vais me rattraper.
Rentrez vous souvent en France ?
  - Chaque annèe au mois de Juillet. Je viens dans une maison de famille que nous
avons prés de Marseille.
  - Donc, nous avons une chance de nous revoir dans cinq mois ?
  - Pourquoi pas ? Mais puisque vous partez ce soir, peut être faudrait il que
nous regardions ce dossier Total ?
      Pierre ne répondit pas tout de suite. Il semblait réfléchir et Roxane
respecta ses reflexions. Il finit par reprendre la parole
- Ce dossier, nous l’étudierons Lundi. J’ai décidé de prolonger un peu mon
séjour. Je suis venu au Cameroun et je n’ai pratiquement rien vu du
pays.Qu’avez-vous prévu pour ce week end ?
- Rien de spécial..Ah si j’ai une invitation à déjeuner chez des amis demain,
mais…ce n’est pas important.
- Donc vous pouvez remettre ce déjeuner à plus tard ?
  - Cela ne présente aucune difficulté.
  - Parfait. Pouvez vous me faire visiter un peu le pays, jusqu’à demain soir. Je
repartirai Lundi soir
   Après réflexion, Roxane proposa de prendre la route de N’gongsamba et de
pousser jusqu’à la station climatique de Dschang, sur les flancs du Mont
Cameroun.
    Pierre et Roxane déjeunèrent au restaurant de l’hotel des Cocotiers et
prirent la route, à travers le pays Bamiléké, jusqu’à Dschang. Après la chaleur
humide, étouffante de Douala, Dschang leur sembla un petit paradis. L’air y
était léger, la température agréable, et ils prirent deux chambres dans un hotel
simple, mais propre, et sans climatiseur parce que cet appareil est inutile à
cette altitude.
   Le lendemain, ils firent de longues promenades au milieu des caféiers, et
parlèrent parlèrent, jusqu’à ce que, le gosier sec, ils rentrèrent déjeuner à
l’hotel.
   Ils rentrèrent sur Douala dans l’après midi et se donnèrent rendez vous au
bureau le lendemain matin.
    Le lundi matin Pierre téléphona à l’aéroport et put avoir une place pour le
soir même. Il prévint son adjoint qu’il ne serait au bureau que dans la matinée
du lendemain, puis se rendit chez son client. Roxane était déjà là, et elle
avait prévenu que Pierre avait prolongé son séjour à Douala, jusqu’au soir.
    Après avoir étudié le dossier Total et donné son avis sur la façon dont ce
dossier devait être plaidé, il prit congé du Directeur et de Roxane et rentra à
l’hotel.
   Le bouleversement qui s’était produit en lui l’avant-veille, était encore
trop frais pour qu’il en prenne l’exacte mesure. Il sentait bien qu’il était
attiré par Roxane, mais ne savait pas s’il s’agissait  d’une simple
reconnaissance pour avoir débloqué ses sentiments engourdis, ou s’il y avait
quelque chose de plus sérieux.
    Le lendemain dans la matinée, il reprenait le cours quotidien de ses
occupations.
  Durant les mois qui suivirent, Pierre eut de nombreuses liaisons. Il se jetait
avec boulimie sur les plaisirs du sexe, comme s’il voulait rattraper le temps
perdu.
      Roxane lui téléphonait environ chaque semaine, toujours pour des raisons
professionnelles, mais qui manquaient souvent de crédibilité.
    Le mois de Juillet était arrivé, et un matin, une dame se présenta à la
secrétaire de Pierre en demandant à rencontrer le Directeur. C’était Roxane.
    Le soir même, Pierre amenait Roxane à son appartement…
   Lorsqu’il la vit nue, il se demanda pourquoi il avait ce corps aussi sublime.
Certes la jeune femme n’était pas désagréable à regarder, mais si au dessus de
l’équateur, la poitrine et le visage étaient  assez attirants, au sud de
l’équateur, les hanches étaient fortes avec un début de culotte de cheval et les
jambes étaient maigres, presque frèles. Bref, il ne comprenait pas le choc qu’il
avait subi en voyant ce corps. Il est probable que le moment était venu pour
qu’une renaissance se produise en lui.
    Lorsque Roxane repartit au Cameroun, Pierre reprit sa vie dissolue.
   Sa secrétaire, Mathilde,qui avait 28 ans quand il l’avait embauchée, avait
tout de suite été amoureuse de son patron. Pour Pierre, elle était simplement un
rouage de son affaire, et même lorsque ses sens se furent réveillés, il ne vit
toujours pas la femme qu’il y avait en Mathilde.
    Deux nouvelles annèes s’écoulèrent. Durant les deux mois de Juillet, par une
entente tacite, Roxane et Pierre cohabitaient comme un couple normal, puis elle
repartait à Douala, et ils se téléphonaient une ou deux fois par mois.
      Roxane était partie la veille après son troisième mois de juillet  passé
avec Pierre .Exceptionnellement Pierre vint au bureau à 8 heures 30, alors
qu’habituellement , après des nuits agitées, il ne venait jamais avant 9 heures.
   Il trouva Mathilde en pleurs. En le voyant, elle se leva brusquement murmura
«  excusez moi » et partit aux toilettes. Lorsqu’elle revint à son bureau, les
traces de son chagrin avaient été effacées, et elle s’excusa à nouveau. C’est
lorsqu’elle s’assit sur son fauteuil, qu’il constata combien Mathilde était une
femme admirablement faite. Pour la première fois, il vit en elle autre chose
qu’un instrument professionnel, et, s’asseyant sur le bord du bureau de sa
secrétaire, il lui demanda de lui confier la cause de son chagrin
     -Je pourrais être votre père, Mathilde, vous pouvez vous confier à moi.
Mathilde réagit brusquement
-Non, vous n’êtes pas et vous ne pourriez pas être mon père.Nous n’avons que
neuf ans et demie de différence.
   Cette précision sur leurs ages respectifs surprit Pierre, qui subitement
comprit la cause du chagrin de Mathilde.
   Après un moment de silence, et avec une voix douce, Pierre demanda
- Il y a longtemps que vous m’aimez, Mathilde ?
Surprise par cette question abrupte, Mathilde releva la tête et répondit
simplement
- Depuis le début, Monsieur.
- Bigre, cela fait 4 ans ! Vous avez bien caché votre jeu !
- Ce n’est pas un jeu, Monsieur, et je n’avais rien à cacher puisque vous ne
voyiez rien
         Pierre qui était resté assis sur le coin du bureau se redressa et
reprenant son ton de Directeur.
- Pouvez vous apporter dans mon bureau le dossier Dumas ?
En se levant, Mathilde répondit
- Tout de suite monsieur.
Quelques minutes plus tard, elle pénétrait dans le bureau de Pierre, un dossier
à la main.Pierre qui était assis derrière son bureau se leva, invita Mathilde à
s’asseoir dans l’un des deux fauteuils devant son bureau et s’ assit lui-même
dans le second fauteuil.
- Posez le dossier sur mon bureau. Ce n’était qu’un prétexte.. Je suppose que
vous connaissez parfaitement les grandes lignes de ce que fut ma vie. Alors par
souci de symétrie, j’aimerais que vous me parliez ce que fut la votre.
- Est-ce vraiment nécessaire, Monsieur ?
- Ni vous ni moi ne le savons. Mais prenons nos précautions dit Pierre en
souriant. Parlez moi de vous .
- Si vous le désirez……Bon. Je suis née à Marseille. Mon père maintenant à la
retraite, travaillait à la gare Saint Charles de Marseille. Ma mère ne
travaillait pas. J’ai un frère qui a deux ans de plus que moi.. Sur le plan
professionnel, vous avez mon dossier, il est donc inutile que je vous en parle.
      Sur le plan privé, j’avais à 22 ans fait connaissance d’un sergent des
Transmissions. Nous avons eu une liaison …..en pointillé durant 2 ans. Nous ne
nous sommes plus revus depuis 4 ans. Je sais qu’il est en République
Centrafricaine. Et puis, je suis rentré chez vous….et voilà
- Et voilà dites vous. Cela signifie qu’il vous suffisait de me voir chaque jour
pour combler vos besoins affectifs.
- Combler serait beaucoup dire…surtout que j’avais l’impression d’être une vitre
à travers vous voyiez les autres.
   Après un moment de silence, Pierre demanda
- Si vous êtes libre ce soir, nous pourrions diner ensemble ?
  - Il y a si longtemps que j’espérais ce moment sans trop y croire, que même si
j’étais invitée chez le Président de la République, je me décommanderais
  - Vous me faites regretté de ne pas m’être présenté à l’élection
Présidentielle. J’avais mes chances . Bon. Comment venez vous au bureau ?
  - A pied. Je n’habite pas très loin
  -He bien pour une fois, vous allez rentrer en voiture. Nous partirons d’ici à
18 heures, je vous conduirai chez vous, ce qui me permettra de repérer votre
domicile, et je reviendrai vous y prendre à 20 heures. D’accord ?
- Tout à fait. Bien sur
   Mathilde sortit du bureau, et Pierre reprit l’étude d’un dossier.
  Vers 17 heures, Mathilde lui passa une communication en provenance de Douala.
  Il était dit que cette journée serait une journée marquante pour Pierre. Il
venait de découvrir une femme qui vivait à ses cotés depuis 4 ans, sans qu’il la
considère comme telle, et maintenant, Roxane lui téléphonait, pour d’une façon
abrupte, lui faire une proposition
  - Bonjour, Pierre. Et si nous nous mariions ?
  - Pardon ?
  - Tu as parfaitement compris. Je dis : Et si nous nous mariions ?
  - Non !!
  - Parfait !
    Et elle raccrocha.
    Bien embété, Pierre finit par rappeler Roxane.
  - Mais enfin, à quoi rime cette proposition ?
  - C’est très simple. Je t’aime. Tu m’as répondu que ce n’était pas ton cas.
Restons en là !
  Après avoir raccroché, Pierre pensa que la vie était décidemment une drôle de
chose.
   Roxane et lui se connaissaient depuis prés de 4 ans et c’est aujourd’hui
qu’elle réalise qu’elle l’aime.
   Lui était en contact chaque jours avec Mathilde depuis 4 ans et c’est
également aujourd’hui qu’il réalise qu’elle l’aime, et que lui….
   Mais au fait l’aimait t il lui ?

   Il est incontestable que se savoir aimé par une  jolie femme beaucoup plus
jeune est très agréable….Mais est ce de l’amour ?
  Deux femmes qui le même jour déclarent leur amour pour lui, c’est grisant.
Raison de plus pour ne pas agir inconsidérement.
   La soirée passée avec Mathilde fut très agréable. Mais des soirées analogues,
il en avait vécu pas mal depuis que Roxane, un beau jour, avait déclanché un
déclic. Il fut prudent dans ses propos, et après avoir raccompagné Mathilde chez
elle, avant de la quitter, il lui dit qu’il avait besoin d’un peu de temps pour
voir clair en lui.
    Les jours passèrent. Le directeur et la secrétaire n’abordèrent pas les
problèmes personnels. Les rapports étaient purement professionnels..
    Espérant y voir plus clair en lui, Pierre décida de se rendre au Cameroun
pour rencontrer une fois encore Roxane, à laquelle, malgré ce qu’il lui avait
dit, il continuait à penser.
    Il n’avait pas prévenu Roxane de sa venue.
    Arrivé à Douala dans la matinée d’un samedi, il dormit un peu dans sa
chambre d’hôtel, alla déjeuné, puis décida de se rendre chez Roxane, qui ne
devait pas travailler.
   Ce n’est qu’à la quatrième sonnerie qu’elle vint lui ouvrir. Comme la
première fois, elle sortait de la douche. Ses cheveux étaient trempés et elle
avait enfilé à la hâte son peignoir de bain qu’elle maintenait fermée de la main
droite.
   Lorsqu’elle vit Pierre sur le pas de la porte, elle s’écria
- Toi ???
Et de saisissement, elle lacha son peignoir qui s’entrouvrit…tout comme la
première fois.
   En voyant ce corps nu, il sentit qu’un ouragan se déchainait en lui. Il la
prit violemment dans ses bras, et c’est à son insu qu’il prononça les mots qu’il
ne savait s’il pourrait les dire un jour : je t’aime.
    Par deux fois, un peignoir qui s’ouvrait, cela avait été un peu comme le
rideau qui se levait et qui l’avait propulsé dans un monde nouveau.
    La première fois, le rideau en s’ouvrant lui avait restitué sa sensibilité,
sa libido, et à la suite de cela, comme pour rattraper le temps perdu il avait
mené une vie tourbillonnante, mais superficielle. Luttant contre son attirance
vers Roxane, il en était arrivé à se la représenter beaucoup moins belle qu’elle
ne  l’était réellement. Ne pas s’attacher, ne pas s’attacher, surtout ne pas
s’attacher. Inconsciemment il agissait comme si son besoin de revivre
intensément était la priorité.
    Cette fois ci, la levée du rideau lui faisait apparaître d’une façon nette,
très claire, que le moment était venu pour lui de vivre en profondeur un amour
qu’à son insu il nourrissait pour Roxane
   Deux heures plus tard, le corps apaisé et l’esprit très clair, il savait
maintenant qu’il avait trouvé ce qu’il voulait savoir.
   Lorsqu’il reprit l’avion, Dimanche soir, ils avaient pris la décision de se
marier très vite.
  Le lendemain, au bureau, avec le maximum de délicatesse, Pierre prévint
Mathilde qu’il ne pouvait envisager son avenir avec elle. Elle pleura beaucoup,
et en fin de semaine vint lui apporter sa démission
- Je ne peux continuer à travailler ici, en sachant que vous ne m’aimerez
jamais.
De son coté, Roxane avait donné sa démission et entra comme associée et
collaboratrice dans le cabinet de Pierre.
Le mariage eut lieu hier matin. Souhaitons leur une longue et heureuse vie;
   
Je suis Jacques. L’ami de Pierre. Celui qui lui a procuré un premier
travail après qu’il a été contraint de donner sa démission de chef de
Contentieux.
     C’est hier après midi, avant de partir en voyage de noces qu’il me raconta
dans tous ses détails son histoire peu commune, et il m’a autorisé à vous la
relater.Plus qu’autorisé, il me l’a demandé. Il voudrait que cela puisse servir
à ceux qui traversent en ce moment des moments difficiles. Il voudrait qu’ils
sachent que même si la vie a été dure avec eux, même s’ils pensent qu’ils ne
pourront jamais remonter la pente, il y aura peut être un jour, un moment  d’une
puissance inouïe,un instant d’exception qui leur ouvrira des horizons nouveaux
porteurs d’espérances et de bonheur.
    La Vie a des ressorts insoupçonnés. Ne perdez jamais courage.Telle est la
leçon que Pierre veut vous transmettre.

                                                            FIN

Posté par aristee à 16:34 - Histoires romanesques - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


22 avril 2007

FATALITE

  FATALITE

 

   C’était l’un de leurs sujets de discussion. Luc et Pierre se connaissaient depuis l’age de 8 ans. Mais Luc prétendait qu’ils s’étaient connus en arrivant chez les louvetaux, alors que Pierre était formel : leur première rencontre s’était produite dans le Parc Emile Loubet ou leurs parents promenaient leurs enfants. Les pères des deux garçons travaillaient dans la même Société, et s’étaient mis à discuter tandis que Pierre et Luc se toisaient mutuellement.

 En tout état de cause, et en cela, ils étaient bien d’accord tous les deux, ils se sentaient plus qu’amis, plus que frères…des jumeaux en quelque sorte. Chacun connaissait l’autre par cœur et pouvait savoir les réactions de l’autre devant telle ou telle situation.

 Ils venaient d’avoir 21 ans. Depuis l’age de 8 ans, ils n’étaient jamais restés plus de 15 jours sans se voir. Les vacances ? Ni Luc ni Pierre ne pouvait les concevoir sans l’autre.

 Ils avaient fait leurs études dans les mêmes Etablissement primaires et secondaires . Ils avaient cependant suivis des voies un peu divergeantes, Luc étant un «  Matheux «  et Pierre un » littéraire ».

 Après leurs baccalauréats obtenus à la même session, ils décidèrent d’aller s’inscrire dans des Facs de Grenoble. Ce choix n’avait pas été fait pour des raisons pédagogiques, mais plus prosaïquement pour se trouver plus proches des stations de ski…..

 Les amis avaient loués un petit appartement avec deux chambres et une cuisine. Pierre préparait les repas, Luc s’occupait du ménage , du lavage, et tout allait bien.

 Certes les deux jeunes gens avaient chacun de leur coté une vie sentimentale, dont l’autre n’ignorait rien. En fait de vie sentimentale, il s’agissait en fait de petites passades qui selon leurs propres propos étaient plus » hygiéniques » que vraiment sentimentales. Et ils s’emmerveillaient toujours, d’avoir, au sujet des femmes des gouts différents. Ce qui faisait qu’ils n’étaient jamais en concurrence auprés d’une belle.

 Non seulement Pierre et Luc étaient heureux de leur vie, mais ils en avaient profondément conscience. Ce qui est relativement rare. Très souvent, on se rend compte que l’on a été heureux…bien plus tard, et avec une teinte de nostalgie qui enjolive un peu les souvenirs..….

 Ce week end là, était le premier de longues vacances. Ils avaient l’un et l’autre terminé leurs études. Luc était ingénieur Pierre avait passé sa maitrise de Droit. Avec l’accord de leurs parents, les deux amis avaient décidé de prendre quelques mois sabbatiques jusqu’à la fin de l’annèe.

 En commençant début Janvier à s’occuper de trouver une situation, il n ’y avait aucun doute dans leur esprit : Ils trouveraient très vite des jobs interessants. Ce qui leur permettait d’avoir l’esprit entièrement libre…

Ils étaient revenus à Valence depuis 2 jours,  et se promenaient dans le parc Emile Loubet tout à coté du lycée ou ils avaient fait leurs études secondaires.

 Du même pas et sans s’être concertés, ils vinrent s’asseoir sur un banc qui benéficiait d’une ombre dense et donc d’un peu plus de fraicheur.

- Alors, Luc, cette corvée familiale d’hier soir ? Tu ne t’ai pas trop cassé les pieds ?

- Non seulement je ne me suis pas embété, mais j’ai beaucoup regretté la venue de ta Tante qui t’a empéchée de venir avec moi. Figure toi, qu’il y avait deux sœurs de 18 et 20 ans, et te connaissant comme je te connais, je suis certain que celle de 18 ans aurait été à ton gout.

- Et toi, bien entendu, tu as particulièrement apprécié celle de 20 ans ?

- Evidemment. Mais attention, Pierre ! ce n’est pas comme d’habitude.

-  Pas comme d’habitude ? Que veux tu dire ?

-  Je veux dire simplement que Roxane ( c’est elle qui a 20 ans) n’est pas du genre de fille avec qui on s’amuse. Elle a une de ces classe !!!! Un regard lumineux, un corps splendide, une culture nettement au dessus de la moyenne….

-  Holà ! holà ! Celle que tu me décris est plus de mon genre que du tien ! Tu m’as toujours dis que tu n’aimais pas les trop jolies femmes qui par une loi égalitaire de la nature ont par ailleurs de gros défauts

-  Je maintiens cette règle, et je la confirme…… par son exception …que je viens de rencontrer.

-  Avez-vous eu l’occasion de parler assez longuement ?

-  Pas assez à mon gout, mais pendant prés de 3 heures quand même. Nous sommes restés ensemble toute la soirée, et nous avons discuté sans arret

-  Bon. Donc vous vous connaissez assez bien. Mais je voudrais maintenant que tu me parles de celle que tu me destines. Donc elle a 18 ans, et puis ?

-  Oh, sur elle je ne sais pas grand-chose. Son prénom est Béatrice, et elle est jolie.

-  Comme sa sœur ?

-  Bof !!! cela n’a rien à voir. J’ai dit que Béatrice était jolie, mais j’ai voulu dire : Jolie pour toi.

-  Tu veux dire que je me contente de peu ?

-  Non. Et tu le sais bien. Mais nous n’avons pas les même gouts. D’ailleurs, peut être que Roxane ne te plairait pas…Quoique, je ne pense pas que l’on puisse être indifférent devant Roxane !

-  Tu commences à me faire peur. Je ne t’ai jamais vu aussi emballé !

-  Après avoir regardé sa montre, Luc dit à Pierre

-  Il est 16 heures

10. A

17 heures nous avons rendez vous avec les deux sœurs à l’entrée du parc, coté parking.

-  Bigre. Tu vas vite ! Bon Je détournerai l’attention de Béatrice pour que Roxane et toi puissiez continuer à faire connaissance. Mais à 18 ans,  Béatrice est un bébé, j’espère qu’elle sera venue avec une poupée, pour faire joujou. Si j’avais su, j’aurais amené les contes de la comtesse de Ségur.

-  Ne dis pas des idioties. D’après ce que j’ai pu voir, Béatrice est aussi une vraie jeune fille qui doit être interessante.

-  Nous verrons bien !

 Pendant la demie heure qui suivit, Pierre essaya de changer de sujet de conversation. Luc semblait suivre et participer à la discussion, mais très rapidement, il profitait de la moindre occasion pour dire : Tiens à propos, Roxane me disait…

 Lorsqu’ils furent à 5 minutes de l’heure du rendez vous, les deux amis se levèrent pour se diriger vers la sortie, lieu du rendez vous.

 Ils virent à une trentaine de mètres les deux jeunes filles venir vers eux, lorsque d’une allée sur la gauche, surgit un homme qui courait comme un dératé. Il était suivi d’assez prés par un policier en uniforme, et un second policier qui suivait, lui-même,  à une vingtaine de mètres.

 L’homme poursuivi voulut se retourner pour juger de son avance, et ce faisant, perdit l’équilibre. Dés qu’il tomba sur le sol, une énorme explosion retentit. Pierre sentit une douleur à l’avant bras gauche, pendant que Luc recevait de son coté un éclat dans la jambe droite.

 Après s’être rapidement assuré que Pierre n’était que légèrement touché, Luc, en clopinant se précipita vers les deux jeunes femmes couchées par  terre. Il sauta par-dessus le corps mutilé du fuyard et constata, en arrivant prés des jeunes filles, que Béatrice était blessée à l’épaule droite, mais consciente , alors que Roxane, sans doute plus grièvement atteinte gémissait, les yeux fermés.

  ( A suivre)
abeilles.apiculture.free.fr/

Posté par aristee à 08:51 - Histoires romanesques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

FATALITE ( suite 1)

 Luc fut rapidement rejoint par Pierre, qui, enlevant sa veste, la roula en boule pour la mettre sous la tête de Roxane.

 Le premier policier semblait légèrement touché et le second téléphonait déjà pour demander des secours.

 Roxane n’avait pas perdu complètement connaisance et semblait avoir été atteinte par deux éclats, l’un dans la cuisse droite, l’autre dans l’abdomen. Elle saignait assez peu ce qui pouvait indiquer qu’aucune artère n’avait été atteinte.

 Les secours arrivèrent rapidement. Les quatre jeunes gens furent évacués sur l’hopital, Roxane sur une civière, les trois autres pouvant marcher jusqu’à l’ambulance.

 Les premiers soins furent immédiatement donnés à Roxane qui semblait beaucoup souffrir, et gémissait sans arret.

 A l’hopital, Luc et Pierre, après avoir été pansés eurent l’autorisation de rentrer chez eux, quand aux deux sœurs, elles devaient rester en observation. Les deux amis purent seulement savoir que Béatrice, assez légèrement atteinte, ne resterait à l’hopital qu’un ou deux jours. En revanche, pour Roxane, la seule précision qu’ils purent obtenir, c’est que sa vie n’était pas en jeu.

 Les deux amis, en sortant de l’hopital se rendirent au Commissariat de Police comme ils s’y étaient engagés, afin de faire leur déposition.

 Ils apprirent que l’homme pouruivi était déjà connu des services de police, pour appartenir à un groupe d’islamistes. Ce jeune garçon, agé de 17 ans, portait sur lui trois ceintures bourrées d’explosifs. Il avait été interpellé par deux agents de police pour vérification d’identité, il avait pris peur, s’était enfui et sa chute avait provoquée l’explosion. Ce jeune garçon semblait n’être qu »un «  livreur » des ceintures d’explosifs. L’enquète était ouverte pour savoir ou il se rendait.

 Le lendemain matin Pierre et Luc se retrouvèrent pour aller à l’hopital ou leurs pansements devait être refaits. Ils eurent l’autorisation de rendre visite aux deux sœurs qui étaient dans la même chambre.

 Elles ignoraient encore tout, des circonstances qui avaient amenées leurs blessures, et Luc leur répéta ce qu’ils avaient appris au Commissariat.

 Assez curieusement, Béatrice semblait surtout déplorer la mort du jeune terroriste, Roxane la reprit avec une certaine véhémence :

 - Ne dis pas n’importe quoi ! il aurait pu nous tuer !

 Aussi curieusement, Béatrice rougit, et semblait très génée

 Lorsque Pierre et Luc sortirent de l’hopital, ils marchèrent cote à cote, absolument silencieux. Ce fut Luc qui le premier demanda :

 - N’as-tu pas trouvé que leur réaction a été curieuse quand elles ont su ce qui s’était passé

 - Bien sur que si. Non seulement elles ne condamnèrent pas le terroriste, mais Béatrice se mit à le plaindre et sa sœur l’a rappelée à l’ordre. Bizarre..

 - Bizarre, oui, Mais elles viennent de subir un choc et peut être…

 - Non, Luc. Je suis persuadé, (et toi aussi) que le choc n’y est pour rien.

 Ils continuèrent à marcher en silence un bon moment puis Luc dit

 -Il faut que je te dise…L’autre jour, nous avons longuement parlé avec Roxane. Au cours de la conversation, je ne me souviens dans quelle circonstance, nous en sommes venus à parler du problème de l’Iran et de la bombe atomique..

 - Oh, mais dis donc, lorsque tu fais la cour à une jeune fille, tu abordes des questions sérieuses. C’est une nouvelle technique de drague ?

 - Ne te fous pas de moi, et écoute un peu. Roxane, sur un ton assez véhément me disait qu’elle ne comprenait pas que des nations nucléaires qui ne parlaient pas, eux, de détruire leur arsenal nucléaire, interdisaient à d’autres nations d’avoir les mêmes armes. Elle me disait que c’était absolument inadmissible. Alors, en rapprochant cette position avec leurs réactions tout à l’heure, j’avoue..

 - Tu avoues que tu te poses des questions ? Et tu as bien raison. Entre parenthèses, elles sont vraiment très très jolies ces curieuses jeunes filles. Mais il me parait incontestable qu’elles sont assez…compréhensives, en ce qui concerne les islamistes. Et cette compréhension est assez…incompréhensible, car elles n’ont pas le look habituel des sympatisants de cette cause.

 - Ca, c’est bien vrai. Elles ne portent pas de barbes !!

 - Tu as raison. Mieux vaut prendre les choses en plaisantant.

 Pourtant, Luc malgré sa réflexion, ne semblait pas trouver la chose trés drole, et Pierre , qui s’en rendit compte,  changea le sujet de conversation.

 Béatrice sortit de l’hopital après 48 heures, alors que le séjour de Roxane dura un peu plus de trois semaines.

 Chaque jour, Luc allait passer l’après midi à l’hopital, avec Béatrice, dans la chambre de Roxane.

 Pierre de son coté passait 2 fois par semaine au commissariat de Police. Le jeune commissaire et lui-même s’appréciaient mutuellement et devenaient amis.C’est ainsi que Pierre put suivre pas à pas les progrés de l’enquète.

 Le porteur de bombe, qui avait été tué lors de l’explosion, faisait partie d’un groupuscule d’une dizaine d’hommes d’origines diverses. Ils étaient déjà connus de la police qui n’avait jamais pu réunir les preuves nécessaires à leur arrestation. C’est la première fois qu’il y avait quelque chose de tangible, et le jeune commissaire Jacques Bardin, espérait bien pouvoir enfin agir.

 Prés d’un mois après ‘ l’accident », le commissaire, en recevant Pierre, avait l’air grave et embété.

- Assieds toi, mon vieux.J’ai de mauvaises nouvelles. Je sais que ton copain Luc et toi, vous êtes assez liés avec les jeunes filles qui se trouvaient avec vous lors de l’explosion. Or, il est à peu prés établi aujourd’hui, qu’elles sont en rapport avec le groupuscule de terroriste.

- Mais tu es fou !! Si tu les connaissais !Ce sont des jeunes filles très BCBG, pas du tout le genre de révolutionnaires en jupon. Là, tu fais erreur.

- Je comprends ta réaction, mais je ne fais pas d’erreur.Roxane et Béatrice, malgré leurs prénoms et leur type, sont des berbères, dont le père combat actuellement en Afghanistan, aux cotés des Talibans

 - Pas possible !!

 - C’est certain.Nous avons arrété hier, le » chimiste » de la bande qui a commencé à parler. Il nous a révélé que deux jeunes filles les approvisionnaient en finances, et ces jeunes filles…ce sont vos amies

- Maintenant que tu me dis cela, je me souviens qu’avec Luc, nous avions été un peu surpris. Béatrice regrettait que le porteur de bombe soit mort, et sa sœur, était intervenue avec une certaine violence pour lui dire que la bombe avait failli les tuer, elles ! On avait l’impression que Roxane voulait mettre en garde sa sœur qui risquait de trop parler.

 - Je suis désolé, Pierre, mais il est certain que ces demoiselles sont mouillées.Je fais une enquète sur leurs comptes bancaires. Malheureusement je sais déjà que cette enquète va donner des résultats positifs….pour moi.

 Une heure plus tard, Pierre mettait Luc au courant de sa discussion avec le commissaire, ce qui eu pour effet un énorme éclat de rire.

 - Roxane, une terroriste !!!je n’ai jamais rien entendu de plus ridicule ! Nous nous voyons tous les jours ! Tu parles si je la connais bien. Au contraire, elle est contre les islamistes, et ces « fous de Dieu » . Crois moi, ton copain le commissaire devrait songer à une reconversion.

 - Souviens toi, Luc, qu’au lendemain de l’explosion, Béatrice regrettait le décés du porteur de bombe et qu’aussitôt Roxane était intervenue pour la faire taire

 - Mais tout cela est normal.

 La petite avait vu un jeune mourir devant elle, ça l’avait secouée. Et Roxane lui a fait remarquer très justement que ce jeune homme avait failli les tuer.

 - Tu sais, Luc, ce commisaire est loin d’être un idiot irresponsable. S’il m’a fait ces confidences, c’est qu’il savait ce qu’il disait.

 - Bon. Il est peut être intelligent ton commissaire, mais tout le monde peut se tromper, et il ne connaît pas Roxane comme moi, je la connais !

( A suivre)
http://abeilles.apiculture.free.fr/

Posté par aristee à 08:40 - Histoires romanesques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

FATALITE (suite 2)

 - Je crois mon vieux qu’il y a une solution toute simple, pour savoir ce qu’il en est.

 - Ah ? Et laquelle ?

 - Tu attaques bille en tète . Tu dis à Roxane nos soupçons à son sujet, et tu verras bien sa réaction.

 - Je ne la soupçonne pas, moi !!!Je suis certain qu’elle n’a rien à voir avec cette histoire de terroriste.

 - Bon. Alors, il y a une autre solution. C’est moi qui vais attaquer bille en tête Béatrice. Cette solution est d’ailleurs la meilleure. Béatrice est certainement plus influençable, moins sure d’elle-même. Je saurais vite ce qu’il en est est !

 - Toi, tu fais ce que tu veux. Mais si, tu passes pour un crétin, pour avoir douté de ces jeunes filles, rappelle toi que je t’avais mis en garde.

 - Tu peux être tranquille. Si je fais une erreur, je n’irais pas pleurer dans ton giron. Je te dirais bien mieux : Je serais très heureux de m’être trompé !

Le soir même, Pierre téléphonait à Béatrice, et après avoir discuté de choses et d’autres durant plus d’un quart d’heure, il avait été entendu qu’ils se rencontreraient le lendemain à 14 heures, à l’entrée du parc la plus proche du portail du Lycée, pour poursuivre leur conversation.

 Lorsqu’ils se rencontrèrent, Pierre constata que Béatrice avait une bien petite mine.

- Vous semblez un peu fatiguée,Béatrice. Pas de problème particulier ?

Béatrice laissa s’écouler un bon moment avant de répondre :

- Ce n’est pas très grave, mais je viens d’avoir une discussion avec ma sœur.

Par discrétion, Pierre ne lui demanda pas le sujet de leur discussion, et ils bavardèrent de choses et d’autres jusqu’à ce que Béatrice demande :

- Savez vous si l’enquète au sujet du..jeune terroriste a avancé ?

- Ma foi, personnellement je ne suis pas tenu au courant. Je crois qu’il est à peu prés établi que la victime faisait partie d’un mouvement intégriste dont le noyau se trouve à Porte les Valence.

A ce moment là, Béatrice éclata en sanglots, et très géné, Pierre ne savait comment la calmer. Finalement, un peu au hasard, il lui demanda

 - Vous avez été très touchée par le décés de ce jeune homme. Peut être le connaissiez vous ?

 Les sanglots de la jeune fille redoublèrent, et elle finit par faire « oui » de la tête.

- Je comprends mieux que vous ayez été si touchée par son décés.Vous le connaissiez vraiment bien ?

Béatrice craqua complètement :

- Je n’en peux plus ! Je me sens seule, seule…..et je me suis disputée avec ma sœur tout à l’heure..Je peux avoir confiance en vous ?

- Bien sur, Béatrice, je suis votre ami. Si je peux faire quelque chose pour vous dites le !

- Ma sœur et moi, nous sommes Berbères. Cela ne se voit pas à notre physionomie, mais nous sommes Berbères, et nous avons été élevées dans la religion musulmane. Mon père est profondément religieux et militant ardent….Il se bat actuellement en Afghanistan ..

- Tout cela, je le savais, dit Pierre.Mais vous n’êtes pas responsable des idées et des actes de votre père. ……A moins que vous ne partagiez ses opinions.. ;

- Oh, moi , non. Je ne partage pas et je désapprouve même tous ces extrémistes qui sèment la mort un peu partout.

Mais par la force des choses, nous avons été en contact avec un groupe de ces illuminés, et c’est là que j’ai fait la connaisance de Ali Idir, ce jeune qui s’est tué devant nous.Lui non plus n’était des leurs que par contrainte. Nous en discutions très souvent, mais vous savez, lorsque l’on est dans cette mouvance, il est pratiquement imposssible d’en sortir.

 Moi, je vous l’ai dit, je n’aime pas ce mouvement. En revanche, ma sœur Roxane épouse entièrement

la Cause

que défend mon père.

 Je viens de vous dire des choses très graves, Pierre. J’espère que je peux vraiment avoir confiance en vous pour que vous n’en parliez à personne.

- Vous savez que je suis très lié avec Luc. Nous n’avons pas de secret l’un pour l’autre. Pourtant, je vous le promets, même à Luc, je ne parlerai pas de ce que vous venez de me dire. Quoiqu’il sache déjà pas mal de choses.

- Comme je vous l’ai dit, j’ai eu une sérieuse dispute avec ma sœur. Il avait été décidé que nous irions toutes les deux en Afghanistan. Après la mort d’Ali, j’ai décidé de ne pas donner suite à ce projet, auquel je n’avais adhéré que parce que ma sœur le voulais.

-  Voilà. Elle part la semaine prochaine, mais, moi, je resterai ici, et je ne veux plus rien à voir avec les islamistes. Je ne vous cache pas que nous sommes intervenues plusieurs fois. Les fonds transitaient par nous, mais pour moi, c’est fini, et c’est ce que j’ai dit à Roxane. C’est ma sœur, je l’aime, mais je ne peux plus la suivre. Oh, Pierre, je suis très malheureuse. Ce que je vous demande, c’est de ne pas intervenir. Ma sœur doit suivre son destin. Je vous le demande à nouveau : Ne parlez à personne de tout cela.

-  - Je vous ai fait une promesse, Béatrice, et je m’y tiendrais.Mais je vous le demande : Voyez vous-même Luc. Parlez lui comme vous l’avez fait avec moi. Je suis certain qu’il n’en parlera à personne. Mais je crois qu’il est très attaché à Roxane, et si quelqu’un peut la faire changer d’avis, ce ne peut être que lui.

 Béatrice promit de réfléchir à la question, et les jeunes gens se séparèrent, après avoir pris rendez vous au même endroit, pour le surlendemain.

 Il fut difficile pour Pierre, de ne pas parler à Luc de la conversation qu’il avait eu, et de lui cacher que la jeune fille, à laquelle il était attaché, allait partir jouer au petit soldat en Afghanistan

 Lorsque Pierre et Béatrice se revirent, cette dernière dit qu’elle avait pris la décision de ne pas revoir Luc. Elle ne voulait pas que sa sœur parte en sachant qu’elle s’était confiée à un tiers. Elle préférait laisser les choses suivre leur cours. Ce fatalisme était difficile à comprendre pour Pierre, mais fidèle à sa promesse, il continua à ne rien dire à son ami.

 Presque chaque jour, Luc et Roxane se voyaient. «  en amis », mais il est évident que Luc était de plus en plus attaché. Aussi, lorsqu’il apprit par Roxane qu’elle était partie en Afghanistan, ce fut un effondrement.

 Pierre, qui savait la date du départ, vint trouver son ami juste après.

 Lorsqu’il sut que Pierre était au courant et ne lui avait rien dit, Luc entra dans une rage folle, et le traita de tous les noms au vitriol qui lui venaient à l’esprit.

 Ce jour là, et pour la première fois de leurs vies, ils se quittèrent fachés.
( A suivre)
http://abeilles.apiculture.free.fr/

Posté par aristee à 08:35 - Histoires romanesques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

FATALITE ( FIN)

 L’enquète du commissaire Jacques Bardin se poursuivait, et 15 jours après le départ de Roxane, 12 arrestations eurent lieu dont celle d’un Iman , qui était le chef du groupuscule. Des explosifs, des armes, et même des bonbonnes de gaz avaient été découverts dans une vieille maison de Porte les Valence ou se déroulaient leurs réunions. Roxane a été mise en cause, mais comme elle était en fuite, cela n’eut pour elle aucune conséquence pratique.

 C’est par le compte personnel de Roxane que les fonds de l’organisation transitaient, aussi, on ne put rien reprocher à Béatrice, qui fut entendue plusieurs fois, mais mise hors de cause .

 Trois semaines après le départ de Roxane, deux lettres arrivèrent d’Afghanistan. L’une à destination de Béatrice, l’autre à Luc.

 La lettre adressée à  Luc était assez courte. Roxane s’excusait de n’avoir pas prévenu Luc de son départ, mais il devait avoir actuellement suffisament d’éléments en mains, pour comprendre qu’elle ne pouvait agir autrement.Elle lui disait la profonde amitié qu’elle ressentait pour lui, mais lui demandait de comprendre qu’elle n’avait pu se soustraire à ses ardentes obligations . Elle annonçait d’autres lettres, si Luc voulait bien lui pardonner.

 La lettre adressées à Roxane était beaucoup plus longue. Elle expliquait avec quelle joie, elle avait revu son père durant prés de 24 heures. Elle décrivait l’ambiance extraordinaire qui existait entre les combattants, et leur volonté farouche de «  bouter les étrangers » hors du pays.

 Une ou deux fois par mois, des lettres arrivaient. Assez curieusement on sentait peu à peu l’enthousiasme du début, s’émousser, faire place à une certaine lassitude, un découragement de plus en plus profond. Très vite, elle  dit à sa sœur qu’elle avait bien fait de ne pas venir, et l’on sentait entre les lignes, tout ce qu’elle ne pouvait pas dire, sans doute à cause de la censure.

 Un mois après le départ de Roxane, Pierre et Luc étaient toujours fachés. Ils ne s’étaient plus revus. C’est Béatrice qui prit l’initiative de rapprocher les deux anciens amis. Elle alla voir Luc, et lui raconta comment, après s’être déchargée de tous ses secrets auprés de Pierre, elle avait exigé de ce dernier, le silence le plus absolu. La liberté de  Roxane étant en jeu, Pierre ,ne pouvait que se taire, et rester fidèle à sa parole.

 Luc était terriblement malheureux. L’absence de Roxane, les risques qu’elle courait d’une part, et sa solide amitié avec Pierre étant cassée, d’autre part,il restait des jours entiers sans mettre le nez dehors. Il lisait, faisait des mots croisés et ruminait à longueur de journèe.

 La visite de Béatrice lui fit beaucoup de bien, et il accepta assez facilement un déjeuner à trois, dans un petit restaurant au bord du Rhone.

 Après ce triste épisode, l’amitié put renaitre très rapidement entre Pierre et Luc, ce qui allégéa considérablement les tourments de Luc.

 Roxane était partie depuis prés de 8 mois lorsque la terrible nouvelle parvint à Béatrice.

 Sa sœur Roxane et son père avaient été tués le même jour, au cours d’un accrochage entre les Talibans et les forces gouvernementales.

 Instinctivement, les trois amis resserrèrent encore leurs liens d’amitié. Les parents de Luc étant absents, c’est chez ce dernier que Béatrice et Pierre vinrent habiter. Ils faisaient des efforts pour trouver des sujets de conversation de la vie courante, mais toujours, toujours, la mort de Roxane revenait dans leurs propos, et leur seule consolation était de savoir que chacun comprenait la peine des autres.

 Les évènements que je viens de relater avaient débutés en Juin 2004. En ce mois d’Avril 2007 les choses ont un peu évolué. Pierre et Béatrice qui n’ont jamais cessé de se voir et de s’apprécier, se sont mariés au début de ce mois.

 Quand à Luc, devenu taciturne et morose depuis la tragédie en Afhhanistan, il vient d’intégrer l’école des officiers de gendarmerie, et compte bien  faire une spécialisation de la lutte contre le terrorisme….et

la Fatalité

 

 

 FIN

    http://aristee.canalblog.com/
http://abeilles.apiculture.free.fr/

Posté par aristee à 08:30 - Histoires romanesques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 mars 2007

Les tournants

pour une raison inépliquée, je n'arrive pas à passer une suite normale. j'ai donc passé une petite suite dans la rubrique commentaires. Je verrai demain si je dois continuer à utiliser cet artifice

Posté par aristee à 08:57 - Histoires romanesques - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 mars 2007

LES TOURNANTS DE LA VIE

Les tournants de la vie

 

 Jacques, descendit dans le garage en sous sol, trois étages en dessous de son bureau et monta dans sa Mercédes.

 Installé dans sa voiture, sur de ne pas être vu, il se laissa aller. Les deux bras sur son volant, il posa sa tète sur eux et fut pris d’un tremblement de tout le corps.

 Lorsque son calme fut à peu prés revenu, il réfléchit un instant, et décida, qu’il valait mieux en finir.

 Ayant mis le contact, il vit que sa reserve d’essence lui permettait de faire environ

150 km

. Il était 15 heures 15. Il mit son compteur journalier à 0.

 Tout était très clair désormais dans son esprit. <il allait rouler durant

100 km

. Entre le 100ème et le 120 ème km, il fallait qu’il repère un gros arbre prés de la route. Il détacherait sa ceinture de sécurité, écraserait l’accélérateur et foncerait sur l’arbre choisi.

 Cette décision prise, il eut une préoccupation majeure : Surtout, ne pas rouler trop vite ou trop lentement. Il fallait qu’il roule normalement, comme pour un déplacement ordinaire.

 Toutes ces dispositions prises, il revint à ces deux derniers mois.

 Il y a un peu plus de deux mois, il était parfaitement heureux.

 Il dirigeait sa petite entreprise qui tournait normalement, il avait une magnifique villa, une femme qui non seulement avait eu un prix de beauté il y a 7 ou 8 ans mais qui était pédiatre et possédait une culture assez étendue.Son caractère était agréable. Jacques non seulement été heureux, mais, ce qui est plus rare, il était conscient de l’être.

 Dans ce ciel pur et bleu, l’orage a éclaté il y a juste deux mois.

 En rentrant de son bureau Jacques avait trouvé le billet classique. Classique pour les autres.

 «  Jacques, je sais que je vais te faire de la peine, mais j’ai revu un ami d’enfance perdu de vue depuis 15 ans. Nous nous aimons. Pardon. Je pars. »

 Jacques ne considéra pas que ce billet était banal puisque classique…… Ce fut un écroulement. Il n’avait absolument rien vu venir, la surprise était totale. Il continua à venir à son bureau et machinalement expédiait les affaires courantes, sans se battre comme il le faisait auparavant pour conquérir des clients nouveaux.

 C’est  au début de l’après midi que le coup de grace lui fut donné.

 A 14 heures, son chef comptable était venu le voir.

 Il lui dit chiffres à l’appui que la situation financière de la société était très mauvaise

 Jacques lui demanda pourquoi il ne lui en avait pas parlé avant.

 Il répondit, qu’ayant entendu Jacques depuis des mois, parler d’un marché mirifique qui allait complètement modifier la configuration de

la Société

, il avait pensé inutile d’alarmer pour rien le patron. Comme depuis quelque temps, Monsieur Jacques ne parlait plus de ce projet, il avait résolu de le mettre au courant de la situation actuelle.

 Jacques ne pensa même pas une seconde que sa fuite et son projet de suicide étaient une lacheté et qu’il laissait tous ses employés dans une situation difficile.

 Son Univers avait été composé de trois éléments indissociables. Lui-même, sa femme Madeleine et sa Société. Un élément avait disparu.Tout s’écroulait. Tout le reste n’existait plus. Lui dans quelques minutes et sa Société un peu plus tard.

 Jacques regarda son compteur journalier. Il avait parcouru

54 kilomètres

. Il constata avec satisfaction qu’il était parfaitement calme, et qu’il roulait normalement, ni trop vite, ni trop lentement. Il en ressentit une certaine fierte. Aussi bizarre que cela paraisse, il se mit même à siffloter

 La route traversait une foret, le soleil brillait, le temps était magnifique. Merveilleuse journée pour mourir pensa Jacques..

 Un tournant sur la droite était annoncé. Jacques rétrograda , ralentit et c’est lorsqu’il était en plein virage, qu’il vit quelqu’un qui au milieu de la route, marchait en titubant.

 

 Les réflexes jouèrent immédiatement. . Jacques accéléra et passa de justesse a gauche du piéton. Il s’arréta quelques mètres plus loin sur la droite, et descendit de voiture. Il constata alors qu’il transpirait.

 Décider de se suicider était une chose qui ne le troublait pas. Provoquer la mort d’une personne était tout autre chose.

 Le piéton avançait toujours en titubant. Il ne semblait s’être rendu compte de rien, comme s’il était en état second..

 Arrivé prés de lui, Jacques constata avec stupéfaction, qu’il s’agissait d’un garçon de 10 ou 11 ans.

 Il le prit par le bras et lui demanda

- Qu’est ce que tu fais là, petit ?

- Le garçon leva les yeux . Son regard était sans expression, et il ne sut que balbutier. J’ai froid, j’ai soif….

-  La journée, nous l’avons dit était belle. Il ne pouvait avoir froid que parcequ’il avait de la température. Jacques posa sa main sur son front. En effet, il était brulant.

-  Toujours le tenant par le bras, Jacques l’amena a sa voiture. Il se laissait faire, sans aucune volonté, sans résistance.

-  Il le fit monter dans l’automobile, alla chercher une couverture dans sa malle et en couvrit le gamin.

-  Il essaya de lui poser quelques questions, son nom, ou il habitait. L’enfant ne savait que bredouiller : j’ai froid, j’ai faim.

-  Jacques se demandait ce qu’il devait faire.

-  La meilleure solution était de déposer le gosse a la prochaine gendarmerie, puis de reprendre sa route vers le 100 ème kilomètre.

-  Il venait de remettre son véhicule en marche, lorsque l’enfant lui dit :

-  - Monsieur, j’ai soif

-  - Attends, je vais voir.

-  Jacques coupa le contact , prit dans un casier de la porte aménagée une petite bouteille d’eau minérale, et un gobelet qu’il remplit.

-  Pendant que l’enfant buvait, Jacques le regarda plus attentivement.Il avait les traits émaciés , et deux grands yeux noirs qui brillaient de fièvre.Il était vétu de vètements pauvres et froissés.

-  Jacques pensa que dans la trousse de secours d’urgence, il y avait peut être de l’aspirine. Il en trouva en effet, et en fit avaler un cachet au gamin.

-  - Veux tu me dire comment tu t’appelles ?

-  Il fit non de la tête.

( A suivre)
http://abeilles.apiculture.free.fr/

Posté par aristee à 10:08 - Histoires romanesques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

LES TOURNANTS DE LA VIE ( suite)

-  Mais enfin, pourquoi ? Tu vois bien que je ne te veux pas de mal. Dis moi ton nom et ou tu habites

-  - Je ne veux pas y retourner

-  - Mais ou ne veux tu pas retourner ?

-  - Je ne veux pas…

-  La petite figure était triste et pathétique. Cet enfant avait du beaucoup souffrir, son obstination en témoignait. Jacques n’était plus sur du tout qu’il devait le déposer dans une gendarmerie , ou le calvaire qu’il endurait se poursuivrait sans doute.

-  

-  Il remit son moteur en route, et une dizaine de kilomètres plus loin,s’arréta devant un hotel.

-  - Attends moi là petit. Je vais voir s’il y a une chambre et tu vas pouvoir dormir, bien au chaud.

-  Pour plus de sécurité, Jacques procéda au verrouillage automatique des portes.Il ne voulait pas que l’enfant affolé, reprenne la route.

-  Il put avoir deux chambres avec porte communicante, et revint chercher le garçon.

-  - Voila. Tu vas pouvoir te reposer. Peux tu marcher, ou veux tu que je te porte ?

-  Sans répondre, l’enfant déscendit de la voiture, et immédiatement s’appuya sur le bras de Jacques pour entrer dans l’hotel et monter dans la chambre.

-  - Enlève tes chaussures et ton pantalon et couche toi. Je vais trouver des couvertures pour que tu puisses avoir bien chaud.

-  Jacques trouva deux couvertures dans l’armoire. L’enfant était déjà couché, roulé en boule pour avoir plus chaud. Jacques étendit les deux couvertures, et s’assit au bord du lit.

-  Tu sais mon garçon, je ne te veux aucun mal. Au contraire. Si tu le veux, je peux t’aider à ne plus être malheureux. Mais il faut que tu me fasses confiance, que tu me dises ton nom et ou tu habites.

-  Jacques attendit quelques secondes, mais l’enfant ne dit rien.

-  - Bon. Pour l’instant repose toi. C’est le plus important. Reste bien tranquille. Je vais faire des courses et je reviens très vite. Fais moi confiance, je suis ton ami.

-  Jacques descendit à la réception ou il demanda qu’on appelle un médecin. Il sortait pour quelques courses, il serait là dans une demie heure..

-  En effet, une demie heure plus tard, Jacques revenait. Il avait acheté un pantalon, une chemise et un pull over qu’il espérait bien être à la taille du gamin. Il avait acheté aussi des objets de toilette puisqu’il n’avait rien apporté bien sur. C’est en rentrant à l’hotel qu’il réalisa que normalement à cette heure ci, il devrait être mort…….

-  Il est certain que l’irruption de ce gamin dans sa vie….la lui avait sauvée. Pour l’instant en tous cas, il avait vraiment le désir de venir en aide à ce pauvre enfant dont la petite frimousse douloureuse, l’émouvait profondément.

-  Arrivé dans la chambre, il constata que le gamin s’était endormi. Sa respiration était régulière. Son teint un peu rouge indiquait qu’il avait de la fièvre, mais ses traits s’étaient détendus, et il avait l’air moins souffreteux.

-  Jacques étendit le pantalon qu’il venait d’acheter sur celui de l’enfant et constata qu’il avait vu peut être un peu grand, mais il ne serait pas ridicule.

-  Lorsque le médecin vint, l’enfant dormait toujours, il commença à l’examiner et ce n’est qu’en fin d’examen que le garçon se réveilla, à moitié.

-  - Ce garçon est complètement épuisé. Qu’a-t-il fait pour être dans cet état ?

-  - Il a énormément marché. Il voulait rejoindre à pied des cousins, mais il ne s’était pas rendu compte que la distance était aussi importante.

-  - En tous cas, en dehors d’une grande fatigue et d’une petite bronchite que nous allons soigner immédiatement, tout le reste est en bon état.

-  Le médecin fit son ordonnance et il fut prévu qu’il reviendrait le lendemain.

-  Avant de partir chercher les médicaments à la pharmacie, Jacques essaya une nouvelle fois d’établir un contact avec l’enfant.

-  

-  - Tu vois petit, que je ne te veux pas de mal.Au contraire, je veux te protéger. Tu as entendu , j’ai menti au médecin en lui disant que tu voulais aller chez des cousins.Et pour qu’il fasse son ordonnance, j’ai dit que tu t’appelais  Jacques Boursier. C’est mon nom Tu devrais me parler très franchement, tu le vois, comme je te l’ai dit, je suis ton ami.

-  L’enfant, moins apeuré, un peu reposé, plus en confiance, finit par répondre aux questions.

-  - Comment t’appelles tu ?

-  - Alain Rouque.

-  - Ou habites tu ?

A cette question il marqua une hésitation

-  - Je n’ai pas de maison. Je suis de l’Assistance. Ils m’ont mis chez un épicier. Quand je vais à l’école, je suis content, j’aime bien l’école. Mais quand je rentre, il faut que je fasse tout plein de travail .Il appelle ça de la manutention. Je transporte plein de trucs lourds. Des paquets de bouteilles d’eau , des légumes, des boites de conserve, plein de choses.Et puis aussi , je fais des livraisons

-  Pour faire mes devoirs, je les fais la nuit……

- - Cet épicier ne s’appelle pas Thénardier par hasard ?

-  - Non Monsieur, il s’appelle Monge

 - Oui….Excuse moi. Continue
( A suivre)
http://aristee.canalblog.com/
http://abeilles.apiculture.free.fr/

Posté par aristee à 10:00 - Histoires romanesques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Les tournants de la vie ( suite 2)

-  - Il y a un an que je suis à l’épicerie, mais j’en ai assez. Alors, Je suis parti un soir. J’avais pris des provisions, et j’ai marché, marché.. ;la nuit, je dormais dans un bois. Je n’avais même pas peur dit il fierement en redressant la tête.

-  - Mais, tu as marché plusieurs jours ?

-  - Je crois..Je suis parti Dimanche soir

-  - Nous sommes Jeudi. Cela faisait donc 4 jours que tu marchais….Si tu es fatigué c’est un peu normal. Et ou voulais tu aller ?

-  - Je ne sais pas. Je voulais partir. Je voulais partir

-  - Pauvre gosse. Donc tu n’as plus de parents ?

-  - Non. Mon papa aimait bien boire du vin, et un jour, il s’est disputé avec Maman, il l’a poussée, elle a tapé la tète contre une chaise, et elle est morte. Alors, « Ils «  ont mis mon papa en prison et moi à l’Assistance..

-  - Dans quelle prison est il ton papa ?

-  - A Valence. Mais je ne veux plus le voir.

-  - En somme, tu ne veux plus voir ton papa, tu ne veux plus voir l’épicier, et tu ne tiens pas à retourner a l’ADASS ?

-  - Je ne veux aller nulle part.

-  - Mais mon petit, il faut bien être quelque part. Tu vois, en ce moment, tu es ici.

-  - Avec vous je veux bien. Vous êtes gentil.

-  - Ecoute, moi, je vais réfléchir à tout ça, et toi, tu n’as qu’une chose à faire. Tu vas passer une bonne nuit, et surtout, ne t’en fais pas…comme tu le dis, je suis gentil…Je ne te laisserai pas tomber. Dors bien.

-  Quelques minutes plus tard, Alain s’endormait et Jacques regagnait sa chambre, en laissant ouverte la porte de communication.

-  Il n’était plus question de suicide. Jacques sentait qu’il avait désormais charge d’ame.

-  Il pensa que la nature humaine est une drole de chose. Quelques heures plus tot, il était prét à se tuer et à laisser tomber son entreprise et tout son personnel( alors qu’avec certains de ses employés il avait d’excellentes relations) et là, parcequ’un jeune garçon , avec son pauvre petit visage l’avait ému, il remettait tout en question.

-  Qu’allait il faire de cet enfant ? La solution légale aurait consisté à le ramener a l’ADASS, mais d’une part, ce serait trahir le pauvre enfant et d’autre part, il ne pouvait supporter l’idée que l’on rende cet enfant malheureux.

-  Après une journée sortant vraiment de l’ordinaire, Jacques s’endormit très rapidement.

-  

-  Dés son réveil, Jacques se rendit dans la chambre du petit. Il était réveillé, et lui faisait un joli sourire,  qui l’attendrit fortement.

-  - Comment vas-tu Alain ? As-tu bien dormi ?

-  - Oh, oui, Monsieur, j’ai beaucoup dormi. Merci, merci…

-  On sentait qu’il voulait dire bien des choses, mais qu’il n’arrivait à trouver que Merci, pour lui faire comprendre toute sa reconnaissance.

-  - Le toubib doit repasser aujourd’hui. Nous allons donc rester ici toute la journèe et la nuit. Si comme je le pense, tout va bien pour toi, nous partirons demain matin chez moi. J’habite à Orange. Et nous prendrons la bas les décisions. Mais ne crains rien. Je vais m’occuper de toi

-  

-  Alain avait des larmes dans les yeux et ne savait que répéter : Merci, Monsieur, merci Monsieur.

-  Mais ces simples mots emplissaient de tendresse le cœur de Jacques.

-  Après le petit déjeuner qu’ils prirent ensemble, Jacques alla téléphoner à sa secrétaire pour avertir qu’il ne reviendrait au bureau que Lundi matin.

-  Dans la matinée, Jacques et Alain sortirent pour aller acheter des chaussures pour l’enfant. L’après midi, le médecin repassa et trouva que son petit malade, avait fort bien récupéré de ses fatigues, et que la petite bronchite était en bonne voie de guérison.

-  Le lendemain, Jacques et Alain retournèrent sur Orange.

-  Arrivés à la villa, Alain ouvrait de grands yeux . Il ne pensait pas qu’il pouvait exister d’aussi jolies maisons.

-  Après les journées atroces qu’il venait de passer, il ne pouvait croire que tout cela était vrai. Il croyait réver. Pour entendre sa voix et se prouver qu’il était bien réveillé, il murmurait : Merci, merci, merci. Jacques qui l’avait entendu  était tout ému, et prenant la tête du petit dans la saignée de son bras droit, il le pressa contre lui. Alain leva les yeux vers lui et ils échangèrent un long regard de tendresse.

 

-  - Alain, tu es assez grand pour comprendre certaines choses.

-  Tu as un papa qui est en prison. Je vais me renseigner pour savoir combien de temps il doit y rester. Tu m’as dit que tu ne voulais pas retourner vivre avec lui, nous en reparlerons, lorsque j’aurais des renseignements à son sujet

-  - Je ne veux pas aller chez lui. Il a tué maman et puis, il boit tout le temps et il me frappe.

-  - Bon, comme je te l’ai dit, nous en reparlerons.

-  Tu as été confié a l ADASS. Je suppose que tu ne sais pas ce qu’il y a dans le jugement. Là aussi, je vais me renseigner.

-  L’administration t’a placé chez Monsieur et Madame Monge, des épiciers. Là encore, il va falloir que je me renseigne sur les conditions de ce placement.

-  Tu vois que ta situation n’est pas facile .

-  Mais tu verras que tout finira par s’arranger.

- En attendant, il faut que personne ne sache que tu es ici. Normalement, je te l’ai dit je devrais te ramener à l’Assistance. Et ça, tu ne le veux pas hein ?

-  - Oh, non !!

-  Alors il faut que tu restes dans la maison. Je vais te présenter Monique.

-  C’est elle qui s’occupe de la maison. J’espère que tu seras gentil avec elle et que tu vas lui obéir. Tu n’as rien à craindre d’elle. Je suis sur qu’elle t’aimera bien.

-  Jacques alla presser sur un bouton, et peu après une dame d’une cinquantaine d’annèes entra dans le salon.

-  - Monique, voici Alain. Il va rester à la maison. Il faut que personne ne sache qu’il est ici. Je vous expliquerai plus tard sa situation.Vous verrez, c’est un très gentil garçon. Prenez bien soin de lui.

-  - Soyez sans crainte Monsieur. Bonjour, Alain. Moi, je m’appelle Monique. Je suis sure que nous nous entendrons bien.

-  Je l’installe dans la chambre bleue ?

-  - Oui. Je pense que ce sera très bien. Maintenant il faut que je vous laisse. Je dois faire un saut au bureau

( A suivre)
http://abeilless.apiculture.free.fr/

Posté par aristee à 09:50 - Histoires romanesques - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

LES TOURNANTS DE LA VIE ( suite4)

 Durant ce délai, Jacques travailla d’arrache pied pour mettre sur pied un projet de constitution de groupe, ou la synergie entre les deux entreprises, en particulier dans le domaine commercial, devait pouvoir aboutir à un développement harmonieux. Un accord «  gagnant gagnant «  selon l’expression à la mode ( que je trouve d’ailleurs un peu infantile).

 A la maison tout se passait bien.

 Alain croyait toujours réver. Dans cette maison magnifique, il était choyé par Monique, qui était allée acheter des livres d’école, s’était improvisée professeur d’école et se montrait très satisfaite de son élève.

 Les journées de Jacques étaient chargées.

 Après trois réunions entre les dirigeants des 2 Sociétés un accord avait été passé.

 Un Groupe était constitué dont Jacques assumait

la Présidence.Un

service commercial commun assurait la vente des produits des 2 Sociétés, chacune bénéficiant du réseau commercial de l’autre.

 L’avocat qu’il avait saisi lui fit son rapport.

 Le père d’Alain avait été condamné à 5 ans fermes. Il avait encore 2 ans à « tirer »

 Par ailleurs, reconnu alcoolique, il avait été déchu de la puissance paternelle. Alain avait été confié à l’ADASS

 

 Cet organisme avait placé Alain chez les Monge pour une durée de 1 ans renouvelable. Ils percevaient une indemnité mensuelle. L’avocat demandait des instructions.

 Jacques ne réfléchit pas longtemps. Il demanda à l’avocat d’entrer en contact avec l’ ADASS.  De dire que le jeune Alain avait fui de chez les Monge. Qu’il était actuellement en excellente santé et heureux chez monsieur Jacques Boursier, lequel était prét à subvenir à ses besoins et bien entendu à lui faire faire des études, et ce gratuitement.

 Un mois après l’entrée dans la vie de Jacques, du jeune Alain, ce dernier lui était confié officiellement par l’ADASS. L’avocat avait fait des merveilles,en un laps de temps aussi court.

 Alain allait maintenant à l’école, il était en situation régulière et parfaitement heureux.

 Un matin, Jacques était rentré exceptionnellement à la maison pour déjeuner et prendre un dossier.

 Monique lui dit

- Madame a téléphoné

- Madame ? Quelle Madame ?

-  Hé bien la dame de Monsieur !

- Madeleine a téléphoné ?

- - Oui. Elle demande si Monsieur peut la recevoir ici,après demain à 14 heures. Elle téléphonait de Nice et doit me rappeler demain matin pour avoir la réponse de Monsieur.

-  - Elle ne vous a rien dit d’autre ?

-  - Non , rien. Sinon qu’elle reprendrait le train à 16 heures

-  - Bon…….. dites lui que c’est d’accord.

-  Jacques se demandait pourquoi Madeleine voulait le voir entre deux trains. Il pensait de moins en moins à elle, et s’il avait accepté de la recevoir, c’était plus par curiosité que par plaisir de la revoir. En fait, cela ne l’amusait pas du tout. Que voulait elle ? Il s’agissait sans doute de problèmes matériels.

-  Il n’eut pas le loisir de pouvoir cogiter longtemps sur ce problème. La mise en place du nouveau Groupe qu’il avait crée posait d’énormes problèmes, en particulier dans les personnels des deux services commerciaux unifiés.

-  Madeleine arriva à la villa à 14 heures exactement. Alain était à l’école, et Monique s’était isolée dans sa chambre.

-  

-  

-  Le premier contact avec Jacques fut froid.

-  - Bonjour. Assieds toi. Je t’écoute.

-  - Bonjour.( elle regardait autour d’elle) Monique est toujours là si j’ai bien compris.

-  - En effet. Mais tu aurais pu me demander ce renseignement par téléphone.

-  - Ce n’était pas le but de ma visite.

-  - Je te le répète : Je t’écoute.

-  - Y a-t-il quelqu’un d’autre dans ta vie ?

-  - Je ne vois pas en quoi cela te concerne !

-  - Tu ne veux pas me répondre ?

-  - Je n’ai rien à cacher. Oui, il y a quelqu’un d’autre

-  - Ah ? et… ;cette personne vit ici ?

-  - Ou veux tu en venir ? Oui, cette personne vit ici.

-  - C’est le grand amour ?

-  - C’est pour me soumettre à un questionnaire que tu me fais perdre mon temps ? J’ai beaucoup de travail en ce moment.

-  A ce moment là, Alain entra en trombe dans le salon. Lorsqu’il vit que Jacques était là, et qu’il n’était pas seul, il freina brusquement et expliqua

-  Ma maitresse a du partir tout de suite. Son mari vient d’avoir un accident. On nous a demandé de rentrer chez nous.

-  Madeleine, en regardant Jacques :

 - Qu’est ce que c’est que ce garçon ? Tu aurais un fils ? Ou est ce un fils à Elle ?
( A suivre)
http://abeilles.apiculture.free.fr/

Posté par aristee à 09:40 - Histoires romanesques - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »