26 octobre 2006
PRYTANEE
Triste jeunesse
Il ne s'agit pas hélas d'un récit imaginaire. C'est en quelque sorte un documentaire sur une période que j'ai vécue et que peu d'entre vous ont pu connaître.
Durant les 5 ans de la guerre, j'étais au Prytanée militaire. C'est une école ouverte aux fils d'officiers.
Lorsque mon père m'avait demandé: Veux tu aller au Prytanée militaire,j'avais 12 ans. J'ai aussitôt vu l'uniforme bleu, la vareuse avec la double rangée de boutons dorés, le ceituron en cuir, le képi à fond rouge.
Hélas!
Le Prytanée est normalement dans la Sarthe, à La Flèche. Je suis d'ailleurs né dans le Prytanée militaire ou mon père était instructeur.
Mais pendant la guerre, le Prytanée s'est replié en zone dite libre, et de 1942 a1944 le petit Prytanée ( de la 6ème a la 1ère) était a Briançon.
Il paraît que le ciel de Briançon est le plus beau de France.Je ne peux en porter témoignage. Je n'avais a cette époque aucun souci esthétique.Seulement 3 sources de préoccupations
J'avais froid.
- J'avais faim
- Loin derrière ces préoccupations, il y avait les études, causes d'ennuis( jamais de satisfactions) somme toute mineurs.
Durant plus de 15 ans je n'ai pas pu parler de cette période.
Pendant 5 ans, avec les camarades, nous avons essayé de nous évader en pensée, en parlant de nos vies » avant », en parlant de nos pays ou nous avions été si heureux.Je suis capable aujourd'hui de dire d'ou était chacun de mes camarades. Reliaud a Gannat, Maisonnet a Sore dans les Landes, Poulet à Lyon.......
Lorsque, bien plus tard, j'ai eu mon premier poste d'Inspecteur divisionnaire, j'avais Gannat dans ma circonscription.Sur la liste de nos clients, il y avait Georges Reliaud mon camarade.J'étais sorti du Prytanée depuis 13 ans. Je n'ai pas pu aller le voir.La seule pensèe que nous allions parler de cette période m'était insoutenable.
LE FROID.
Briançon est à 1300 mètres . De Novembre a Avril on est dans la neige.
Chaque matin, dans la nuit encore, nous avions rassemblement dans la cour,pour la séance de « décrassage »L'adjudant ( en civil, car il n'y avait plus d'armèe française, nous étions les seuls en uniforme. On nous serinait: « Vous êtes les seuls a représenter l'avenir de la Patrie, nous allons faire de vous des hommes...etc)
L'adjudant, donc, entrait dans les rangs et passait 2 doigts sous notre chemise pour s'assurer que nous n'avions pas mis un pull, par dessous.Car la tenue était la suivante.:Brodequins, short de sport. Chemise.
Durant des mois, la température oscillait entre moins 15 et moins 20. Dans la nuit blafarde, , nous pratiquions les « sautillements jambes tendues » »pas de gymnastique » » sauts groupés » et autres « fléxion rotation »
Le pire de tout, le moment que nous appréhendions le plus, était celui des pompes( 15 ou 20 selon l'humeur du juteux). Nos mains sur la neige....je ne comprends pas qu'il n'y ait jamais eu de mains gelèes. Ce régime était fait pour nous endurcir.Depuis, j'ai toujours été frileux, et par le nombre de mes rhumes, je mérite le Guiness.
Dans notre dortoir, le dortoir Cambronne, nous étions trente.Il faisait froid.Le soir, pour nous coucher, nous avions décomposé 10 mouvements que nous accomplissions ensemble et au commandement pour avoir le courage de nous allonger dans les draps glacés.C'est notre chef de chambre, Berest qui commandait la manoeuvre.Bien entendu, nous couchions en caleçons longs et avec des chaussettes.
Lorsque nous étions « en tenue de nuit »Berest commandait. Au 1nous étions a genou, au 2 nous ouvrions le lit. Au 3 tout le monde debout. Au 4 accroupis etc jusqu'à 10 ou nous étions allongés, claquant de dents.( aussitôt aprés nous nous remettions en boule)
Le plafond du dortoir était haut, vouté et peint en vert foncé. Le matin , nos respirations avaient fait des stalactites tombant du plafond. A la tête de nos lits, une barre en bois servait de support a nos gants et serviettes la plupart du temps gelés.
Nous faisions notre toilette dans une grande pièce attenante au dortoir.Cette pièce, longue d'une quinzaine de mètres, était aménagée d'une façon simpliste.Une murette en brique de 1metre 50 de
haut, et 8 ou 10 mètres de long, au milieu de la pièce, était entourée d'un bac.Autour de la murette, a mi hauteur, un tuyau en plomb courait. Il était percé de 15 trous de chaque coté de la murette.Il n'y avait qu'un robinet qui faisait couler l'eau des 30 trous a la fois.
Les jours des très grands froids, le tuyau était gelé. L'adjudant nous donnait des journaux que nous allumions et promenions sous le tuyau pour le dégeler.
A vrai dire, tous ces efforts ne servaient pas a grand chose.car nos toilettes tenaient plus du simulacre que d'une vraie toilette. Un petit coup de brosse a dents, une petit coup de gant sur le devant du museau, et nous avions fait le maximum.
Une fois par semaine, le Samedi aprés midi, nous avions douche.C'était un moment merveilleux.Le local était chauffé, l'eau très chaude.Malheureusement, toute l'école devait passer en quelques heures, et notre douche, dés son début était accompagnée par une litanie » Allons, pressons, pressons, les camarades attendent » Les adjudants changeaient, mais le texte était toujours le même.
Bien que la frugalité de nos repas ait été une donnèe constante, nous devions tout de même de temps en temps aller aux toilettes.C'était là encore, une corvée épouvantable.
Les toilettes n'étaient pas dans la caserne elle même.Du coté opposé a la cour principale, il fallait traverser une cour d'une quinzaine de mètres de large. Les toilettes étaient des batiments d'un agencement très rudimentaire.On entrait dans un couloir,sur notre gauche une douzaine de box , fermés par des portes a mi hauteur( sur lesquels on posait, a cheval notre ceinturon pour indiquer que le box était occupé)
Le box lui même était des plus simples. Dans le sol en ciment, un trou avait été ménagé, trou qui donnait directement sur un torrent( je crois me souvenir que c'était la guisanne).
Par ce trou, un vent glacé montait, ce qui fait que nos séjours en ce lieu étaient les plus brefs possibles .D'ailleurs, nous n'allions jamais seuls dans ce local.
De temps en temps, l'un de nous disait « Qui vient au pot? »Il y avait toujours 4 a 5 voix pour répondre » Moi! »Et nous partions en groupe.Pendant notre court séjour dans les box, nous chantions, jurions, nous tentions par tous les moyens de ne plus penser a ce courant d'air glacé sur nos fesses.Certains maladroits manquaient le trou. C'étaient toujours les mêmes. Nous les connaissions. Aussi notre chef de classe avait décidé que ces maladroits n'auraient droit qu'au 2 box du bout.Et avec un esprit remarquable, il avait décrété: » Ils n'ont qu'a se démerder! »
( A suivre)
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